Microfinance: des placements décorrélés des autres actifs

Yves Hulmann

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Les investissements dans la microfinance n’ont pas de corrélation avec la conjoncture en Europe, aux Etats-Unis et dans les marchés émergents, selon Johannes Feist, CEO de MK Global Kapital.

La microfinance et le financement d’impact restent un moteur important au développement de certaines activités commerciales, en particulier dans les pays émergents. Parmi les acteurs de ce secteur figure Mikro Kapital, renommé MK Global Kapital début décembre. Le point sur les raisons de ce changement d’appellation avec Johannes Feist, CEO de MK Global Kapital, et sur les perspectives pour cette activité, notamment en Asie centrale.

Pour quelles raisons Mikro Kapital a-t-elle décidé de s’appeler désormais MK Global Kapital?

Le changement d’appellation a été motivé par le fait que nous sommes devenus un acteur plus global qu’auparavant. Si nous sommes toujours actifs avant tout dans la microfinance, MK Global Kapital propose aussi d’autres activités telles que le financement de leasing, au Kirghizistan notamment, ainsi que des services de co-voiturage («car-sharing») en République tchèque au Kazakhstan et bientôt au Vietnam par exemple. C’est la première fois dans l’histoire de notre société que nous sortons de l’Europe, de l’Europe de l’Est et de l’Asie centrale pour devenir actifs également en Asie de l’Est. C’est pourquoi le fait d’intégrer le mot «Global» dans le nom de notre société nous a semblé être approprié.

Même si le mot «Mikro» disparaît du nom de la société, MK Global Kapital restera principalement actif dans le financement de petites ou micro-entreprises, comme on les désigne parfois.

«Tous nos investisseurs sont désormais privés. Ce sont soit des spécialistes de l'investissement à impact social comme ResponsAbility ou BlueOrchard, soit des investisseurs institutionnels généraux, soit des family offices.»

L’ancrage en Europe de l’Est et en Asie centrale va-t-il diminuer par rapport à d’autres régions?

Non, le focus restera placé sur l’Europe de l’Est et l’Asie centrale. De manière générale, nous ne modifions notre offre que de manière graduelle. L’an prochain, une ou deux sociétés viendront s’ajouter à notre offre – non pas cinq ou six.

L’accent reste-t-il placé sur les activités de micro-crédit – ou d’autres offres et solutions prendront-elles le relais?

Le financement de petites et moyennes entreprises par le biais de la microfinance dans plusieurs pays reste l’activité principale de MK Global Kapital. S’y ajoute maintenant des produits de leasing automobile à nos sociétés de covoiturage au Kazakhstan et en République Tchèque aussi. Toutes ces activités sont proposées sous une marque unifiée, à l’exception de quelques marques locales qui restent maintenues comme IMON au Tadjikistan du fait de leur degré de reconnaissance sur le plan local.

A quels investisseurs s’adresse MK Global Kapital – davantage aux institutionnels ou à toutes les catégories d’investisseurs?

A l’origine, nombre d’investisseurs dans la microfinance avaient des liens avec institutions publiques ou semi-publiques comme des banques de développement. Puis, des sociétés spécialisées dans l’investissement d’impact, à l’exemple de ResponsAbility ou Blue Orchards, sont venues s’y ajouter. Tous nos investisseurs sont désormais privés, soit des spécialistes de l'investissement à impact social comme ResponsAbility ou BlueOrchard, soit des investisseurs institutionnels généraux, soit des family offices.

«Lorsque Donald Trump a annoncé les droits de douane lors de son 'Jour de libération' en avril dernier, cela n’a pas modifié fondamentalement la situation qui prévalait pour les fermiers de l’Ouzbékistan qui vendent leurs produits sur les marchés locaux.»

Maintenant, chaque type d’investisseurs a ses propres préférences. Les sociétés spécialisées dans l’investissement d’impact sont disposées à investir dans les activités de prêts aux micro-entreprises ou de leasing mais elles ne s’intéressent pas toujours nécessairement au car-sharing.

Le car-sharing est relativement éloigné de la micro-finance. Pourquoi avoir ajouté ce volet là dans votre offre?

De notre point de vue, les services de co-voiturage ont clairement une composante qui est en lien avec le développement durable. Dans les pays émergents, les gens qui gèrent des petites entreprises ont besoin d’avoir accès à un mode de transport pour transporter les marchandises vendues sur les marchés ou pour offrir des services de taxi dans des régions où il n’y a pas de transports publics. S’y ajoute la dimension des véhicules électriques qui contribuent à réduire la pollution dans les régions urbaines. Même avec des moteurs conventionnels (diesel ou essence), le covoiturage a une empreinte carbone bien inférieure à celle de la possession d'une voiture individuelle. Nous allons faire réaliser une évaluation indépendante de ces effets positifs du covoiturage sur le climat l'année prochaine.

Si l’on se place maintenant du point de vue des investisseurs, quel est l’apport de la micro-finance en termes de diversification dans les portefeuilles, en plus de la dimension durable?

Il s’agit d’un aspect essentiel. Une partie de la motivation des investisseurs en microfinance est bien sûr liée à la durabilité. L’autre facteur est la décorrélation de ces placements avec les autres actifs ou le cycle économique en général.

Les placements dans la microfinance sont largement décorrélés de la conjoncture en Europe, aux Etats-Unis et même de marchés émergents comme la Chine. Cela s’explique par le caractère local des micro-entreprises. Par exemple, lorsque Donald Trump a annoncé les droits de douane lors de son «Jour de libération» en avril dernier, cela n’a pas modifié fondamentalement la situation qui prévalait pour les fermiers de l’Ouzbékistan qui vendent leurs produits sur les marchés locaux.

«Paradoxalement, plusieurs pays d’Asie centrale ont plutôt gagné ces dernières années en autonomie vis-à-vis de la Russie, suffisamment occupée par l’Ukraine.»

Nos investisseurs veulent avoir une offre qui combine à la fois de l’impact, du rendement et un niveau acceptable de risque. Ces trois facteurs doivent être réunis. Je suis depuis suffisamment longtemps actif dans ce domaine pour savoir que vendre seulement de l’impact sans le rendement ne suffit pas.

Quels sont typiquement les montants que vous mettez à disposition des entreprises que vous financez?

Ils varient bien sûr beaucoup d’une région à une autre. En Europe de l’Est et en Asie Centrale, le montant moyen se situera aux environs de 20'000 dollars, en Italie, cela peut monter jusqu’aux environs de 70'000 euros.

Avec quels taux d’intérêt?

Ici, aussi le taux d’intérêt varie beaucoup d’un pays à l’autre. Pour les prêts en euros, il se situe entre 12 et 15% en moyenne. En Italie, le taux maximal est plafonné à 11%.

Dans l’ensemble, une petite entreprise qui recourt à la micro-finance paie un intérêt un peu plus élevé que si elle obtient un prêt de la part d’une banque qui sont en général entre 1 et 3% moins chers. Toutefois, les profils des entreprises que nous finançons ne sont pas les mêmes. Il s’agit souvent d’entreprises qui sont encore peu matures ou qui ont des profils trop atypiques pour pouvoir emprunter auprès des banques. Lorsque des entreprises que nous avons financées initialement grandissent, il arrive souvent qu’elles nous quittent pour contracter des prêts auprès de banques. Mais ce n’est pas toujours le cas: il arrive aussi que des entreprises continuent de se financer chez nous même lorsqu’elles ont déjà bien développé leurs activités, principalement parce que nous sommes plus flexibles et plus rapides dans notre prise de décision.

Comment intégrez-vous les incertitudes d’ordre géopolitique liées à la guerre en Ukraine: est-il encore possible de convaincre les investisseurs de continuer à investir dans des pays d’Asie centrale, parfois auparavant étroitement liés à l’Union soviétique?

Paradoxalement, plusieurs pays d’Asie centrale ont plutôt gagné ces dernières années en autonomie vis-à-vis de la Russie, suffisamment occupée par l’Ukraine. Il y a dix ans, quand un pays d’Asie centrale concluait un accord d’échange avec la Chine ou l’Europe, il arrivait souvent que la Russie interfère ou intervienne d’une manière ou d’une autre ensuite. Ce n’est plus le cas maintenant. Les pays d’Asie centrale ont moins d’obligations géopolitiques envers la Russie et peuvent faire plus librement du commerce avec l’UE ou la Chine. 

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