«L'intelligence artificielle devrait rester le principal moteur des marchés actions»

Romain Thomas

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Kevin Thozet, membre du comité d’investissement de Carmignac voit dans les actions, le crédit sélectif et le private equity les principales opportunités du second semestre 2026.

 

Si l'intelligence artificielle demeure le principal moteur de croissance des marchés actions, d'autres thèmes d'investissement gagnent en importance, de l'énergie à l'aéronautique en passant par le crédit et le private equity. Dans un environnement marqué par des tensions géopolitiques persistantes et des perspectives d'inflation toujours incertaines, Kevin Thozet, membre du comité d’investissement de Carmignac partage pour Allnews ses convictions d'investissement pour les mois à venir: 

L'intelligence artificielle restera-t-elle le principal moteur des marchés actions au second semestre 2026?

Oui, l'intelligence artificielle devrait rester le principal moteur des marchés actions. Les attentes de croissance des bénéfices dans le secteur des semi-conducteurs restent particulièrement élevées: aux États-Unis, les bénéfices par action sont attendus en hausse d'environ 120% au deuxième trimestre 2026 par rapport à la même période de 2025. De plus, les investissements massifs réalisés dans l'intelligence artificielle alimentent toute une chaîne de valeur. Ce qui représente une dépense pour les grands acteurs technologiques devient une source de revenus pour les fabricants de semi-conducteurs et d'infrastructures. C'est aujourd'hui l'un des principaux moteurs de la performance des marchés actions au sein des marchés développés et émergents.

«Aux États-Unis, les bénéfices par action sont attendus en hausse d'environ 120% au deuxième trimestre 2026.»

D'autres secteurs sont-ils intéressants?

Au-delà de la technologie, plusieurs secteurs présentent des perspectives favorables. Le premier est le secteur de l'énergie, notamment les producteurs de pétrole et de gaz. Les bénéfices du secteur sont eux aussi attendus en forte progression, de l'ordre de 120% sur un an aux États-Unis. Cette dynamique est directement liée au maintien de prix élevés des matières premières, et en particulier des prix du pétrole, dont on peut toutefois questionner la durabilité, dans le contexte de la situation géopolitique actuelle au Moyen-Orient. Un autre secteur porteur est celui des matériaux et de la construction. En effet, le développement de l'intelligence artificielle nécessite la construction de centres de données, d'infrastructures électriques et de systèmes de refroidissement. Cette vague d'investissements profite donc aux entreprises du BTP, mais aussi aux fournisseurs d'équipements et d'infrastructures.

Les actions européennes ont-elles enfin les moyens de rattraper leur retard sur les États-Unis?

A mon sens, les marchés européens disposent aujourd'hui de plusieurs relais de croissance. Le secteur bancaire apparaît bien positionné dans un contexte où les taux directeurs devraient rester élevés, voire remonter légèrement. Cette situation soutient traditionnellement les marges des établissements bancaires. Autre secteur porteur en Europe: l'industrie et plus particulièrement l'aéronautique et l'aérospatial. Des entreprises comme Safran ou Airbus ont récemment sous-performé dans un contexte géopolitique tendu, mais leurs perspectives de long terme restent solides. Contrairement à d'autres secteurs, leur potentiel de croissance dépend davantage des carnets de commandes et des investissements industriels que de l'évolution du prix du pétrole et du kérosène.

Les obligations souveraines redeviennent-elles attractives malgré le risque de remontée des taux longs?

Il convient de rester prudent sur les obligations souveraines en raison de quatre facteurs de vigilance. Le premier d’entre eux est l'inflation. En effet, les marchés ont peut-être sous-estimé la persistance des tensions géopolitiques et leur impact sur les prix de l'énergie. Les pressions inflationnistes pourraient donc durer plus longtemps que prévu. Le deuxième point d’attention concerne les déficits publics, qui restent élevés dans la plupart des grandes économies, qu'il s'agisse des États-Unis, de la France, du Royaume-Uni ou du Japon. Cette situation fragilise progressivement le profil de crédit des États. Autre point d’attention: la demande des investisseurs pour la dette souveraine est moins forte qu'auparavant, ce qui contribue à maintenir des primes de terme plus élevées. Enfin, les banques centrales pourraient adopter une politique monétaire moins accommodante que ce qu'anticipent aujourd'hui les investisseurs. 

«Ces dernières années, les performances des fonds non cotés ont été inférieures à celles des marchés actions cotés.»

Où trouver encore de la valeur sur les marchés du crédit alors que les spreads sont très resserrés?

Les marchés du crédit sont aujourd'hui relativement chers selon moi. Les spreads de crédit, notamment sur le marché européen du haut-rendement («high yield»), sont revenus à des niveaux proches de ceux observés avant les récentes tensions géopolitiques. Pour autant, des opportunités existent à condition de sélectionner rigoureusement les émetteurs. Les écarts de valorisation entre entreprises sont importants et permettent encore de construire des portefeuilles offrant un rendement annuel de 5,5% à 6%, tout en conservant une qualité de crédit globalement satisfaisante. En revanche, je déconseille d'investir passivement via des indices crédit car l'intelligence artificielle va profondément transformer certains secteurs, notamment les logiciels, et cette disruption pourrait entraîner une hausse des défauts dans les segments les plus exposés à cette mutation. L'histoire montre que les marchés du crédit réagissent mal aux ruptures technologiques. Ma préférence va donc à une approche très sélective, privilégiant les entreprises dont le modèle économique apparaît le moins exposé aux bouleversements liés à l'intelligence artificielle. Le crédit reste intéressant, mais davantage comme un marché de sélection que comme un marché d'exposition généralisée.

Le second semestre marque-t-il le retour des opportunités sur le marché du private equity?

Oui, notamment sur le marché secondaire où des opportunités se font jour. En effet, ces dernières années, les performances des fonds non cotés ont été inférieures à celles des marchés actions cotés. Cette situation pousse donc certains investisseurs à céder leurs participations avant l'échéance afin de réallouer leur capital. C'est précisément ce qui crée des opportunités sur le marché secondaire. Les investisseurs qui apportent de la liquidité à ceux qui souhaitent en recevoir peuvent acquérir des actifs non cotés avec une décote, ce qui améliore le potentiel de rendement à long terme, en permettant de bénéficier à la fois de la qualité des actifs existants et d'un prix d'entrée plus avantageux. Carmignac s’est d’ailleurs positionné sur cette stratégie à travers deux fonds spécialisés: Carmignac Private Evergreen et un fonds ELTIF, Carmignac ELTIF Evergreen, lancé récemment, tous deux investis principalement sur le marché secondaire du private equity.

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