L&G a annoncé l’automne dernier la première clôture de son fonds L&G Digital Infrastructure Fund («LDIF»), portant sur un montant total d'environ 600 millions d'euros constitué d'engagements et de co-investissements associés. Ce fonds, domicilié au Luxembourg et régi par l'article 8, investit dans des infrastructures européennes et britanniques essentielles à l'économie numérique, en se concentrant en particulier sur les centres de données, la fibre optique, la connectivité sans fil et les services cloud, complété par une exposition sélective sur le plan mondial, principalement aux Etats-Unis. Il a été lancé avec deux actifs de démarrage, dont un dans le cadre d’un partenariat stratégique avec Kao Data, un développeur et opérateur de centres de données haute performance de premier plan basé au Royaume-Uni. Le gérant d’actifs britannique y a investi depuis 2019. Quelles sont les spécificités des investissements dans les infrastructures numériques par rapport à d’autres placements en lien avec cette thématique en général? Le point avec Matteo Colombo, Managing Director en infrastructures numériques chez L&G.
L&G a lancé à l’automne 2025 un fonds dédié aux infrastructures numériques. Pourquoi avoir créé une catégorie spécialement consacrée investissements numériques au sein de cette thématique?
Les infrastructures numériques, nécessaires à l’ensemble des services basés sur Internet, sont un peu la version moderne des investissements dans les technologies, médias et télécoms au tournant du millénaire. Aujourd’hui, il y a beaucoup de services qui sont diffusés via Internet plutôt que par les canaux de télécommunication classiques. Il suffit de penser aux offres de télévision ou de vidéos en streaming. Beaucoup de gens passent des appels aussi directement via des applications plutôt que via le téléphone classique. Bref, énormément de services et de prestations s’effectuent aujourd’hui via Internet - et cette tendance va certainement encore s’accentuer au cours des prochaines années.
«La demande croissante en infrastructures numériques entraîne d’énormes besoins de financement jusqu’en 2030; nous estimons que 2’500 milliards de dollars américains ne sont pas encore couverts jusqu’à présent.»
Les besoins de financement sont aussi encore très importants. La demande croissante en infrastructures numériques entraîne d’énormes besoins de financement jusqu’en 2030; nous estimons que 2’500 milliards de dollars américains ne sont pas encore couverts jusqu’à présent.
Quels seront les principaux moteurs de la croissance attendue dans les infrastructures numériques?
Il y a bien sûr les centres de données, dont l’essor s’est encore davantage accéléré avec les développements autour de l’IA, l’expansion ces capacités pour l’infrastructure en nuage («cloud») mais aussi l’ensemble des infrastructures servant à la transmission des données telles que les tours de communication.
Si l’on fait un parallèle avec la situation qui prévalait à la fin des années 1990 ou début 2000, le risque le plus important est-il de surinvestir dans certaines capacités - ou au contraire d’arriver trop tard et d’être dépassé par d’autres concurrents?
Il est important de tenir compte de l’environnement économique actuel et de certaines différences que celui-ci présente par rapport à la période du tournant du millénaire. A l’époque, nombre d’acteurs actifs dans les TMT étaient des entreprises encore souvent relativement récentes et souvent pas ou peu profitables. Aujourd’hui, les plus grandes sociétés cotées au monde sont presque toutes des entreprises technologiques. Il s’agit d’acteurs qui ont énormément grandi ces dernières années.
«Il est beaucoup plus facile de planifier l’évolution des cash-flows au cours des 5 à 10 prochaines années dans le domaine des infrastructures numériques que si l’on investit directement dans les entreprises qui les utilisent.»
A la question de savoir si le plus grand risque est d’investir trop ou trop peu, il faut aussi être conscient qu’un grand nombre de projets d’infrastructure sont construits seulement lorsque la demande est là et que les utilisateurs finaux en ont véritablement besoin. Les fournisseurs d’infrastructures pré-louent des capacités aux clients qui en font la demande. Le risque de se retrouver avec des capacités excédentaires est ainsi limité.
Globalement, investir dans les infrastructures numériques permet à la fois de tirer parti de la forte croissance de la demande dans ce secteur tout en bénéficiant d’une grande visibilité. Il est beaucoup plus facile de planifier l’évolution des cash-flows au cours des 5 à 10 prochaines années dans le domaine des infrastructures numériques que si l’on investit directement dans les entreprises qui les utilisent.
Il est possible de dé-risquer ses investissements – et c’est pourquoi on les place dans la catégorie infrastructure.
L’automne dernier, il y a eu, notamment en lien avec des annonces de Nvidia, beaucoup de discussions quant à savoir si les investissements actuels en lien avec l’IA n’étaient pas excessifs. Cette discussion vous concerne-t-elle aussi en tant que spécialiste des investissements en infrastructures numériques?
Pour utiliser une analogie, on peut dire qu’un fonds comme le L&G Digital Infrastructure Fund investit dans les autoroutes numériques du futur. Les acteurs directement liés à l’IA comme les fabricants de puces, à l’exemple de Nvidia ou d’autres, construisent eux les véhicules qui se déplaceront sur ces autoroutes. Quant les autoroutes ont été construites le siècle dernier, il aurait été très difficile de prédire quels seraient les constructeurs automobiles étant susceptibles d’avoir le plus grand succès vingt ou quarante années plus tard. Les exploitants de péages autoroutiers sont, eux, restés profitables, quelle que soit la marque de voiture phare du moment. C’est pourquoi je pense que même s’il est encore difficile de prédire quels seront les usages de l’IA ou les capacités d’informatique nuage utilisées dans cinq ou dix ans, il est certain que les infrastructures pour transmettre ces données seront toujours indispensables et continueront d’être demandées.
«Les exploitants de péages autoroutiers sont restés profitables, quelle que soit la marque de voiture phare du moment.»
Pouvez-vous citer un ou deux exemples de projets que vous financez?
En 2019, nous avons conclu un partenariat stratégique avec Kao Data, l'un des principaux développeurs et exploitants de centres de données de haute performance basé au Royaume-Uni. L’idée est de proposer des centre-données en colocation.
Pour un client d’entreprise seul, mettre sur pied soi-même une telle infrastructure coûterait trop cher – en revanche, en externalisant cette tâche et en collaborant avec d’autres acteurs, une telle infrastructure devient beaucoup plus facilement accessible. Cela permet de réduire les coûts mais aussi d’avoir un meilleur usage de l’énergie.
Depuis notre investissement initial, Kao Data s'est développé et compte désormais sept installations réparties sur quatre sites, et continue de s'étendre. La société a constitué une clientèle diversifiée dans les secteurs de l’informatique en nuage, des entreprises et de l'IA. Elle fournit ses services à L&G, à des leaders technologiques tels que Nvidia ainsi qu’à certains des plus grands hyperscalers mondiaux. Nous avons aussi investi dans le développement d’un centre de données de type hyperscale à l’Est de Londres. Une particularité de ce projet est d’offrir une source de chaleur potentielle servant à chauffer des espaces résidentiels situés à proximité.
Qui s’intéresse le plus à investir dans votre fonds dédié aux infrastructures numériques?
Nous avons obtenu un feedback positif aussi bien de la part de gérants de fortune, d’investisseurs institutionnels que de caisses de pension. De manière générale, on peut observer que les investisseurs en Europe restent encore sous-alloués dans le segment des infrastructures, en comparaison de ce qui est observé aux Etats-Unis.