Flexstone élargit son accès au marché secondaire américain

Nicolette de Joncaire

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L’acquisition de Glouston Capital Partners permet à Natixis IM de viser 50 milliards de dollars en private equity. Entretien avec Eric Deram.

 

Flexstone Partners, société de gestion affilée de Natixis IM, annonçait mercredi son projet d’acquisition de Glouston Capital Partners avec pour objectif immédiat la formation d’une plateforme de capital-investissement de plus de 15 milliards de dollars. Spécialiste du marché secondaire et disposant d’une forte implantation auprès des investisseurs américains, Glouston Capital Partners est un partenaire parfaitement complémentaire de Flexstone dont l’activité est largement concentrée sur le marché primaire auprès d’investisseurs européens. L’ambition de Natixis IM est d’atteindre environ 50 milliards de dollars d’actifs sous gestion dans le private equity à moyen terme, grâce à une présence renforcée auprès des investisseurs américains et sur le marché secondaire. Cette acquisition s’inscrit dans une volonté plus large de Natixis IM d’accélérer son développement dans les actifs alternatifs. Quelques questions à Eric Deram, CEO de Flexstone Partners.

S’agit-il d’une première acquisition et que reflète-t-elle?

Il s’agit de la première véritable acquisition réalisée par Flexstone depuis son intégration au sein de Natixis Investment Managers en 2013. Cette opération constitue une première étape d’une stratégie de croissance de Natixis IM vers les actifs alternatifs. L’ambition est d’atteindre environ 50 milliards de dollars d’actifs sous gestion dans le private equity à moyen terme, grâce à une diversification géographique accrue, à des fonds de plus grande taille et à un renforcement de l’exposition au marché secondaire. En ce qui concerne la présente transaction, les deux sociétés interviennent sur des segments complémentaires du marché. Flexstone est principalement active dans les fonds primaires et les co-investissements, tandis que Glouston est spécialisée dans les transactions secondaires et dispose d’une clientèle largement américaine. La convergence des cultures d’entreprise et des méthodes de travail a constitué un élément déterminant de la décision, tout comme la due diligence approfondie menée de part et d’autre. L’accord a été signé jeudi dernier. Sa finalisation reste soumise à plusieurs conditions suspensives, notamment l’approbation des principaux clients de Glouston ainsi que celle des autorités réglementaires. Le closing est attendu à la mi-septembre mais tant auprès des clients que des régulateurs, le sentiment est favorable. Nous n’envisageons aucun obstacle majeur à la finalisation de l’opération.

Glouston sera pleinement intégrée à la filiale new-yorkaise de Flexstone. La plateforme issue du rapprochement sera présente à New York, Boston, Paris, Genève et Singapour – et réunira 37 professionnels de l’investissement.

Qui est Glouston Capital Partners?

Fondée il y a plus de 30 ans et basée à Boston, Glouston Partners est une société de gestion spécialisée dans les transactions secondaires de capital-investissement sur le segment du mid-market nord-américain. Elle compte 19 collaborateurs et gère, entre autres, son septième fonds secondaire.

Comment sera réparti le capital?

Dans le cadre de l’opération, l’ensemble des associés réinvestira au prorata de sa participation. Il en sera de même chez Glouston dont la structure est similaire, également détenu par six associés. Le nouvel ensemble comptera ainsi douze partenaires.

Depuis quand négociez-vous cette transaction?

Le processus a débuté il y a plus d’un an, de manière proactive de la part des deux parties avec l’appui, du côté de Glouston, d’une banque d’affaires, spécialisée dans ce type d’opérations.

Comment envisagez-vous l’intégration?

Glouston sera pleinement intégrée à la filiale new-yorkaise de Flexstone. La plateforme issue du rapprochement sera présente dans cinq bureaux – New York, Boston, Paris, Genève et Singapour – et réunira 37 professionnels de l’investissement. Flexstone poursuivra la gestion de ses stratégies de fonds primaires et de co-investissement dans le capital-investissement, la dette privée, les infrastructures et l’immobilier, au service d’une clientèle institutionnelle principalement implantée en Europe et en Asie. De leur côté, les équipes de Glouston prendront en charge les activités de marché secondaire et la distribution aux Etats-Unis, en étroite collaboration avec l’équipe dédiée de Flexstone, composée de trois spécialistes basés en Europe et d’un professionnel à New York. A l’issue de l’opération, les stratégies de Glouston seront commercialisées sous la marque Flexstone Partners. L’équipe de Glouston conservera sa présence à Boston et sera intégrée à la plateforme mondiale élargie du groupe. Cette évolution n’aura aucune incidence sur les structures de fonds existantes, les accords conclus avec les investisseurs ni les mandats de gestion en cours.

Pourquoi accorder tant de place au marché secondaire?

Le marché secondaire est un segment relativement récent du private equity. Il y a encore une dizaine d’années, son volume se limitait à quelques dizaines de milliards de dollars par an. En 2025, il a atteint environ 220 milliards de dollars de transactions. Cela reste modeste au regard de l’univers du private equity mondial dont les encours représentent plus de 6’000 milliards de dollars. Mais la croissance est remarquable: le marché secondaire a plus que quadruplé en moins de dix ans.

Cette expansion repose sur plusieurs facteurs structurels. Les investisseurs recherchent davantage de flexibilité dans la gestion de leurs portefeuilles et utilisent le marché secondaire pour arbitrer certaines positions ou ajuster leurs allocations stratégiques. Les évolutions réglementaires, notamment pour les compagnies d’assurance et d’autres investisseurs institutionnels, favorisent également le recours à ce type de transactions. Par ailleurs, les véhicules de continuation («continuation funds»), qui étaient quasiment inexistants il y a une décennie, sont devenus un moteur essentiel du marché. Ils permettent aux gestionnaires de conserver plus longtemps des actifs jugés attractifs tout en offrant une solution de liquidité aux investisseurs souhaitant sortir. Dans un contexte où les marchés sont moins liquides et où les introductions en bourse se font plus rares, ces structures répondent à un besoin économique réel en assurant la stabilité de l’actionnariat et la continuité du développement des entreprises.

Comment le private equity a-t-il évolué au cours des dix dernières années?

Le private equity revient aujourd’hui à ses fondamentaux. Historiquement, la création de valeur reposait sur trois leviers: la croissance de l’EBITDA, l’endettement et l’expansion des multiples de valorisation. L’objectif reste de générer un multiple d’environ 2,5 fois l’investissement sur cinq ans, soit un TRI proche de 20%. Or, avec la hausse des taux et des valorisations déjà élevées, certains leviers sont devenus moins efficaces. Pour atteindre des objectifs de rendement comparables à ceux du passé, les sociétés en portefeuille doivent désormais afficher une croissance beaucoup plus soutenue. Là où une croissance modeste de l’activité pouvait autrefois suffire, les entreprises doivent désormais afficher une progression de 10 à 12% par an pour atteindre les mêmes objectifs de rendement. Les gérants de private equity ne peuvent donc plus se contenter d’apporter des capitaux et une expertise financière: ils doivent aussi contribuer activement au développement des entreprises et accompagner leur croissance opérationnelle, notamment sur le segment du mid-market.

La tendance est aux fonds evergreen. Où en êtes-vous aujourd’hui?

Nous sommes très positifs sur ce segment. Notre fonds evergreen est désormais référencé sur plusieurs plateformes d’assurance en France. Depuis le début de l’année, il a collecté environ 30 millions d’euros et dispose d’une capacité cible de l’ordre de 150 millions, dont près de la moitié est déjà engagée. La stratégie combine des investissements primaires et secondaires et repose sur la même approche que celle mise en œuvre dans nos mandats de gestion institutionnels. Nous appliquons les mêmes critères de sélection, le même processus de due diligence et la même discipline d’investissement. Historiquement, ces mandats ont généré des TRI supérieurs à 10%, souvent compris entre 10% et 20%. Les véhicules evergreen imposent toutefois certaines contraintes de liquidité. En Europe, et particulièrement en France, les exigences réglementaires conduisent à conserver une part importante d’actifs liquides, ce qui peut légèrement réduire le potentiel de performance. Malgré cela, nous visons toujours un TRI à deux chiffres, de plus de 10% par an. Par ailleurs, aucune commission de performance n’est prélevée en dessous de ce seuil. Nous estimons que le marché des fonds evergreen bénéficie d’une dynamique très favorable, à condition que les promesses faites aux investisseurs en matière de liquidité restent réalistes. Dans ce contexte, le projet d’acquisition de Glouston constitue un atout supplémentaire, en renforçant notre accès au marché secondaire américain et en élargissant notre offre dans ce domaine.

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