Cap sur le développement durable

Salima Barragan

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Selon Nicolas de Toledo de Mosaiq, la Chine est devenue le plus grand investisseur en énergie propre.

Il y a encore quelques années, la Chine avait mauvaise presse en matière de développement durable. Depuis, le pays qui a prouvé sa capacité à sortir 800 millions de personnes de la pauvreté en 40 ans, vise à devenir le champion du développement durable. En mettant ses ressources financières – et même militaires - à contribution, elle arrivera probablement à ses fins. «En l’espace d’une décennie, ce pays s’est transformé», explique Nicolas de Toledo, fondateur de Mosaiq, qui vit à Shangaï. Entretien.

Quelles ressources financières le gouvernement chinois alloue-t-il à l’environnement?

En 2019, la Chine a mis à disposition 83,4 milliards de dollars pour le développement d’énergies renouvelables comme les panneaux solaires et l’éolien, un montant qui équivaut à presque un quart des investissements mondiaux. Ces subventions massives, qui fluctuaient entre 50 et 125 milliards de dollars par année entre 2013 et 2018 ont bouleversé la production mondiale, jusqu’à causer la fermeture de certaines entreprises en Union Européenne et aux Etats-Unis. En 2019, sa capacité de production éolienne égale un tiers de la capacité mondiale. Rappelons-nous qu’en 2017, la Chine avait excédé les exigences des objectifs de Copenhague de réduire de près de moitié les émissions de CO2, soit trois avant la date butoir.

D’ici 2025, la Chine vise un cinquième
de véhicules électriques vendus.
Concrètement, quel progrès avez-vous pu constater dans la vie de tous les jours?

En l’espace de quelques mois, 21’000 stations de tri de déchets ont été installées à Shangaï et les gardiens d’immeubles des quartiers résidentiels éduquent les habitants. A Shanghaï, la tendance au recyclage a explosé de près de 500%. La Chine mobilise aussi des soldats de l’armée pour planter des arbres afin de réduire les émissions de carbone.

Comment se déroule la transition dans la mobilité de ses centres urbains surpeuplés?

La transition est drastique: plus de 3 millions de véhicules électriques circulent déjà sur les routes et le pays compte 400’000 bus électriques alors qu’aux Etats-Unis il n’y en a que quelques centaines! Shenzhen est déjà doté d’un réseau de bus et taxis entièrement électriques. D’ici 2025, la Chine vise un cinquième de véhicules électriques vendus.

Quelle est la recette du succès de ces véhicules électriques?

Les autorités de Shangaï, et d’autres grandes villes, ont fixé le prix des plaques d’immatriculation des voitures à moteur thermique à plus de 10’000 dollars! Un montant très dissuasif… Les 2 roues à moteur thermique sont totalement interdites depuis des années. Un écosystème de manufactures de véhicules électriques s’est développé. Ils produisent des batteries, des scooters, des trottinettes, des voitures et des bus électriques à des prix très abordables. A Shenzhen, la production de Low Speed Electric Vehicules a le vent en poupe. Ces véritables TukTuk électriques ne coûtent que 3’000 dollars. Ils sont si faciles à construire que beaucoup d’entreprises se ruent sur le créneau.

Les privés perçoivent-ils également une aide du gouvernement pour rouler en voitures électrique?

Oui. En premier lieu, les propriétaires de véhicules électriques reçoivent une plaque d’immatriculation gratuite. Les producteurs, quant à eux, recevaient jusqu’à juin 2019, des montants de l’ordre de 4’500 à 8’000 dollars de subvention par véhicule électrique, selon différents critères pris en compte, diminuant ainsi le prix de vente des véhicules. Depuis juillet 2019, les subventions sont tombées à un maximum de 3’500 dollars. Un choc brutal pour l’industrie qui pousse les quelques 500 acteurs improvisés constructeurs de véhicule électrique à devoir proposer des produits innovants, sans plus se reposer entièrement sur l’aide de l’Etat. De plus, ils ont l’obligation de faciliter et prendre en charge le recyclage des batteries.

La Chine a fermé 200 usines
très polluantes autour de Pékin.
Quel est la politique du gouvernement vis-à-vis des entreprises novatrices?

Le gouvernement chinois donne de l’espace aux innovateurs. Dans un premier temps, il les laisse faire et les observe, puis entre en matière et règlemente. Je pense notamment à des entreprises comme Alipay, service de paiement mobile développé par Alibaba, ou encore Mobike, les vélos en libre-service. Toutes deux, et bien d’autres, ont joui de passablement de liberté d’action avant que des lois ne deviennent contraignantes.

Sanctionne-t-elle les mauvais élèves?

Oui, la Chine a fermé 200 usines très polluantes autour de Pékin.

Pouvez-vous revenir sur les projets marquants de Jack Ma, le philanthrope et fondateur d’Alibaba?

Alibaba a lancé l’initiative des villages Taobao qui cible les zones rurales car elles comptent pour la moitié de la population. Grâce à ce système, un fermier peut vendre un nouveau produit directement au consommateur final via la plateforme Taobao, la colonne vertébrale d’Alibaba, développée en pleine épidémie de SRAS. Un village Taobao dépasse 10 millions de yuan de ventes via le e-commerce et les revenus totaux de l’initiative avoisinent 100 milliards de dollars pour 6,8 millions d’emplois.