Morgan Stanley se lance à l’assaut des jeunes millionnaires

AWP

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La banque américaine signe sa plus grande acquisition depuis la crise en reprenant l’entreprise canadienne Solium Capital spécialisée dans la gestion de patrimoine sous forme d’actions.

La banque d’affaires américaine Morgan Stanley s’est lancée lundi à l’assaut de jeunes millionnaires en rachetant pour 900 millions de dollars (presuqe autant en francs) une société canadienne spécialisée dans la gestion des rémunérations de salariés et dirigeants à base d’actions.

La société en question, Solium Capital, est basée à Alberta (ouest, Canada) et est spécialisée dans la gestion de patrimoine sous forme d’actions. Son rachat représente la plus grosse acquisition de Morgan Stanley depuis la crise financière.

Elle s’adresse principalement aux start-up qui rémunèrent traditionnellement leurs fondateurs et premiers salariés en leur proposant des participations dans le capital.

Ses clients sont par conséquent des entreprises, qui espèrent bousculer les acteurs de l’économie traditionnelle via leur maîtrise des outils technologiques. Solium Capital dispose d’un portefeuille de 3000 sociétés clientes, ce qui représente un million de personnes.

Morgan Stanley, qui s’est recentrée sur la gestion des grosses fortunes, va mettre la main sur ces clients et élargir son propre portefeuille, composé actuellement de 320 entreprises totalisant 1,5 million de personnes.

La banque espère ainsi s’adresser directement aux Millennials (17-35 ans), qui sont souvent derrière les jeunes entreprises innovantes. Instacart (livraison des courses), Shopify (commerce en ligne) et Stripe (paiement en ligne) sont par exemple des sociétés clientes de Solium.

«Cette acquisition élargit le portefeuille de Morgan Stanley et lui donne un accès direct aux salariés ainsi qu’une opportunité de nouer et de développer des relations avec une jeune population à qui elle va pouvoir proposer des services au tout début de l’accumulation de leur fortune», s’est réjoui James Gorman, le PDG.

«Ridicule»

Outre la gestion de leur patrimoine, Morgan Stanley pourrait en profiter pour offrir à ces jeunes d’autres services, comme le conseil s’ils veulent introduire leur entreprise en Bourse.

A l’instar d’Uber, Lyft, Pinterest et Slack, une série de pépites technologiques devrait connaître dans les prochains mois leur baptême boursier, ce qui augure de commissions juteuses pour les banques. Outre Morgan Stanley, Goldman Sachs, JPMorgan Chase, Bank of America et Citigroup jouent des coudes pour piloter ces introductions en Bourse.

Le pari de Morgan Stanley peut toutefois ne pas récolter les fruits escomptés, estime David Allison, qui juge «ridicule» de se focaliser sur une population qui est loin d’être homogène et dont les avis divergent sur la moitié des sujets.

«La population qui va vers les banques se décompose de +wanters+ et de +needers+ et il y a des millennials dans les deux catégories», explique à l’AFP cet expert, dont le cabinet de conseil éponyme étudie les habitudes de consommation.

«Les premiers veulent tisser une relation personnelle avec une banque alors que les seconds sont en quête d’un statut social. Ce qui importe c’est quels services offrir à ces deux catégories», développe M. Allison.

Il fustige par exemple l’initiative de la banque américaine Capital One de transformer certaines de ses agences bancaires en cafés pour attirer les jeunes.

L’annonce de Morgan Stanley tombe quatre jours après l’annonce du mariage à 66 milliards de dollars entre les banques régionales américaines BB&T et SunTrust, la plus grosse fusion-acquisition dans le secteur bancaire depuis la crise financière de 2008.

De nombreux experts s’attendent à de grandes manoeuvres parce que l’administration Trump a assoupli la règlementation Dodd-Frank mise en place en 2010 pour éviter une nouvelle déstabilisation du secteur financier.

Cette loi avait notamment alourdi les obligations règlementaires pour les grandes banques, décourageant ainsi indirectement toute velléité de grandir en taille.

Morgan Stanley, dont le siège est situé à Times Square en plein centre de Manhattan à New York, entend boucler la transaction au deuxième trimestre.

La banque conforte le virage pris depuis l’arrivée de l’Australien James Gorman aux manettes en 2009, alors que Morgan Stanley faisait face à un exode des clients.

Pour la rendre moins vulnérable à une nouvelle crise, M. Gorman a choisi de recentrer l’établissement vers les conseils aux gens fortunés et de limiter sa dépendance vis-à-vis des activités spéculatives.

Cette stratégie porte ses fruits puisque Morgan Stanley a dégagé l’an dernier un bénéfice net de 8,2 milliards de dollars, en hausse de 47,1%, dont plus de la moitié provient de la gestion de grosses fortunes (4,52 milliards).