Avec le rejet jeudi par les actionnaires de Monte dei Paschi di Siena (MPS) d’une contre-offensive de la direction, le dernier obstacle à l’absorption de la banque toscane par le leader italien du secteur, Intesa Sanpaolo, est levé, ouvrant la voie à un nouveau champion bancaire européen.
Le directeur général de MPS, Luigi Lovaglio, avait tenté une contre-offensive. A travers des offres publiques d’échange sur Banco BPM et Banca Generali, il envisageait la création d’un nouveau pôle associant banque commerciale, banque d’affaires et gestion de patrimoine.
Mais cette stratégie a été rejetée jeudi par les actionnaires réunis en assemblée générale à Sienne (centre), ouvrant la voie au projet de rachat de la banque toscane par sa rivale turinoise Intesa Sanpaolo.
Début octobre, Intesa avait relevé son offre à 31 milliards d’euros et lancé un ultimatum aux actionnaires de MPS, les avertissant qu’elle la retirerait s’ils approuvaient le contre-projet de la banque siennoise.
Intesa avait ainsi obtenu l’appui décisif des deux actionnaires de MPS qui sont aussi des grands noms du capitalisme italien: Delfin, la holding de la famille Del Vecchio (propriétaire de 17,5% de MPS, et actionnaire de groupes comme EssilorLuxottica), et le magnat de la construction Francesco Gaetano Caltagirone (12,66% de MPS).
Les sociétés de conseil aux actionnaires ISS et Glass Lewis, dont les recommandations sont très suivies par les investisseurs institutionnels, s’étaient elles aussi opposées à cette double opération sur Banco BPM et Banca Generali, qu’elles jugeaient trop incertaine.
Du côté de Banco BPM, le Crédit Agricole, premier actionnaire avec 29,3% du capital, avait aussi indiqué qu’il n’apporterait pas ses titres à l’offre de MPS, privant cette dernière d’un soutien déterminant.
N°2 européen
L’offre d’Intesa pourrait donner naissance au deuxième groupe bancaire coté de la zone euro, à l’heure où l’Europe cherche à faire émerger des champions capables de rivaliser à l’échelle internationale. Elle doit encore être formalisée, même si ses principes ont déjà été validés mardi par la Banque centrale européenne (BCE).
«Cette opération stabilise l’épargne du pays, parce que MPS est une banque à la gouvernance fragile mais qui présente aussi des enjeux de sécurité nationale, notamment à travers Mediobanca et sa participation dans Generali», avait fait valoir mardi le directeur général d’Intesa, Carlo Messina, lors d’un forum organisé par le média Moneta.
Cette concentration «s’inscrit dans une tendance de long terme», explique à l’AFP Mario Comana, professeur d’économie à l’université Luiss de Rome. «La polarisation se renforce entre les deux grands groupes bancaires italiens. UniCredit a privilégié une expansion internationale en se développant en Allemagne, tandis qu’Intesa a choisi une stratégie davantage tournée vers le marché domestique».
Monte dei Paschi di Siena, plus ancienne banque du monde encore en activité, a été fondée en Toscane en 1472. Elle avait été sauvée en 2017 par une recapitalisation de 5,4 milliards d’euros menée par l’Etat italien, qui a depuis progressivement réduit sa participation au capital. MPS avait ensuite opéré un spectaculaire redressement, devenant l’an dernier la troisième banque italienne à la faveur de son rachat de Mediobanca.
Malgré sa défaite, Luigi Lovaglio s’est félicité durant l’assemblée générale du fait que «la surenchère d’Intesa Sanpaolo démontre concrètement que la position adoptée par MPS a créé de la valeur et renforcé le pouvoir de négociation des actionnaires».
«Nous avons défendu la valeur de Monte dei Paschi, nous avons obtenu de meilleures conditions pour les actionnaires avant même la concrétisation de l’offre: c’est déjà une victoire de l’initiative prise par MPS», a-t-il ajouté, selon les médias italiens.
L’oeil sur l’assureur
L’objectif des puissants actionnaires de MPS pourrait toutefois se situer ailleurs. En prenant le contrôle de Mediobanca, MPS a hérité indirectement de la participation d’environ 13% que celle-ci détient dans le géant italien de l’assurance Generali.
Depuis des années, Generali est au coeur des grandes batailles du capitalisme italien, avec des actionnaires influents communs à MPS et à l’assureur, tels que Delfin et Caltagirone.
L’arrivée d’Intesa modifierait profondément cet équilibre en faisant de la banque turinoise le premier actionnaire de Generali devant Unicredit. Les deux principales banques italiennes pourraient ainsi contrôler ensemble plus de 22% du capital de l’assureur.
«Intesa Sanpaolo rendra Generali difficile à conquérir via une OPA», a déclaré Carlo Messina jeudi.
Pour Mario Comana, le système financier italien deviendra ainsi «de plus en plus fondé sur la bancassurance et de moins en moins sur le seul métier bancaire». Reste désormais à voir quelle stratégie adoptera Crédit Agricole vis-à-vis de Banco BPM.