Un tandem à la hauteur de ses enjeux

Valérie Plagnol, Vision & Perspectives

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Christine Lagarde à la BCE et Ursula Von der Leyen à la Commission Européenne. Deux fortes personnalités pour une Europe qui doit s’affirmer.

On se félicite bien sûr, et on s’étonne encore, que les deux postes les plus importants de l’Union Européenne et de la zone euro aient été dévolus à des femmes. Cela peut même faire sourire. Il reste encore quelques «territoires» où une femme peut être la première. Il faudra bien que les esprits chagrins s’y fassent.

Au jeu des pronostics, j’avais imaginé, et même espéré, voir Christine Lagarde prendre la tête de la Commission. Son expérience comme sa dimension internationale, autant de qualités la destinant à ce poste qui a rang de chef d’Etat. Les choix politico-nationaux en ont décidé autrement. Comme à chaque renouvellement, ceux-ci procèdent d’un subtil équilibre entre les pays et les partis les plus influents, qui élisent autant qu’ils éliminent certains prétendants. Sans aucun doute, l’arrivée de Madame Lagarde à la BCE a permis d’écarter un autre candidat pour le moins controversé.

Ces nominations reflètent la volonté de privilégier
des statures politiques plutôt que technocratiques.

En premier lieu, on peut tirer quelques remarques d’ordre général. Tout d’abord, la France et l’Allemagne se sont attribué les deux principaux postes de l’UE. Les pays membres fondateurs sont d’ailleurs particulièrement bien représentés, avec à la tête du Parlement un eurodéputé italien d’expérience, et à la Présidence du Conseil européen un ancien premier ministre belge. C’est la première fois dans l’histoire de l’Union qu’une Allemande prend la tête de la Commission. On peut l’entendre comme la volonté de conférer à la principale nation de l’Union la place qui lui revient. C’est aussi pour son pays la responsabilité de concilier, ou réconcilier, le Nord et le Sud, l’Est avec l’Ouest du continent. Ces nominations reflètent également la volonté de privilégier des statures politiques plutôt que technocratiques. Ce faisant le Conseil a écarté le systématisme parlementaire (pas de «spizenkandidat»), désignant Président de la Commission issu de la majorité de l’Assemblée.

Quant aux nominées, Ursula Von der Leyen se verra sûrement opposer l’objection d’autorité, et Christine Lagarde celle de la compétence. Pour la première, cela commencera dès sa confirmation devant le Parlement européen. Dans ses rangs, plus divisés et plus frondeurs qu’auparavant, beaucoup n’ont pas apprécié ce choix qui leur a été imposé par les chefs d’Etat et de gouvernement. Il est bien possible que la nouvelle Présidente puise dans une nouvelle majorité les soutiens dont elle aura besoin. Il lui faudra ensuite désigner, diriger et coordonner 26 commissaires européens, dont certains peut-être plus eurosceptiques qu’auparavant. Elle retrouvera dès son arrivée le dossier du Brexit. Elle aura également en charge les sujets aussi complexes que l’intégration et le budget de l’Union, la politique climatique et migratoire, face aux pressions venues des Etats-Unis, de la Russie ou de la Chine.

Comme Ursula Von der Leyen, Christine Lagarde
ne gouvernera pas seule.

Les défis qui attendent Christine Lagarde ne sont pas minces. Tous ses prédécesseurs à ce poste n’étaient-ils pas des banquiers centraux? Il lui incombera de se plier au formalisme extrême de la communication de la Banque Centrale, dont chaque expression, chaque intonation même, est pesée par les marchés. Au vu des premières réactions, l’annonce de sa nomination y a été plutôt bien accueillie. Le léger repli de l’euro face au dollar semble indiquer que les investisseurs parient sur la continuité et la poursuite d’une politique monétaire accommodante. Qu’en sera-t-il vraiment? Est-il besoin de rappeler que les performances passées ne préjugent pas de l’avenir? Comme Ursula Von der Leyen, Christine Lagarde ne gouvernera pas seule, et pourra s’appuyer, comme elle devra composer avec son directoire et le conseil des gouverneurs des dix neufs membres de la zone euro.

Au-delà des personnes, cette nouvelle mandature européenne s’inscrit dans un contexte économique et politique interne et global marqué par la nécessité de renforcer les institutions comme la solidarité entre les pays membres, au moment où la conjoncture ralentit, l’arsenal monétaire est plus réduit et les eurosceptiques plus actifs. Ni l’une ni l’autre ne seront épargnées par les critiques, notamment venues de la gauche comme de la droite extrêmes.

Saluons donc ces choix pour ce qu’ils sont: la reconnaissance de l’importance de la dynamique européenne et la volonté de corriger l’image d’éloignement technocratique qui lui a souvent été reproché. Le tandem Von der Leyen/Lagarde en est la meilleure promesse.