Un long mois d’attente avant la Fed et la BCE

Eric Vanraes, Banque Eric Sturdza

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Chronique des taux de la banque Eric Sturdza.

 

13 juin, date du prochain FOMC, suivi par la BCE le lendemain

Le prochain FOMC, dans un mois, sera sans doute la réunion de banque centrale la plus importante de l’année. Un relèvement de taux supplémentaire est, sauf accident, déjà intégré mais le ton de la Fed présentera un intérêt capital. En effet, une ou deux hausses de taux sont encore à prévoir d’ici la fin de l’année. Mais – désolé de rabâcher toujours la même rengaine – la courbe de taux des US Treasuries est déjà très aplatie et menace d’inversion. Le message, maintes fois répété, est donc clair et dans un environnement dans lequel nous ne savons plus très bien ce qu’il faut penser de l’inflation, il est peut-être temps pour Monsieur Powell de tempérer les ardeurs des faucons. A défaut de siffler la fin de la partie, il devrait, au minimum, siffler la mi-temps afin de donner du temps au temps.

  • Le temps de voir si les prix et les salaires poursuivent leur ascension,
  • Le temps de voir où va le prix du baril de pétrole,
  • Le temps de voir si le rebond du dollar est temporaire,
  • Le temps d’affiner la probabilité de ralentissement économique dans les mois à venir.
«Le risque d’une erreur de politique monétaire
de la Fed grandit de jour en jour.»

Cela fait beaucoup de paramètres à évaluer mais le risque d’une erreur de politique monétaire de la Fed grandit de jour en jour. A peine auront nous eu le temps de disséquer la prose de Monsieur Powell qu’il faudra analyser celle de Monsieur Draghi. Il semble clair que la BCE se pose des questions et dans ce contexte, l’arrêt du programme d’achats d’actifs n’est pas inscrit dans le marbre. La meilleure preuve en est le rebond du dollar contre euro avec pour toile de fond une BCE perçue comme plus colombe par les marchés et une Fed plus (trop?) faucon. D’ici-là, nous risquons de nous ennuyer fortement avec un 10 ans US naviguant entre 2,9% et 3% et, pour corollaire, un Bund évoluant ente 0,5% et 0,6%.

L’inflation US n’a pas fait le pont de l’Ascension

La semaine dernière a été riche en statistiques liées à l’inflation. Mercredi, les prix à la production, PPI, sont passés de 3% à 2,6% (contre 2,8% attendu) et de 2,7% à 2,3% hors alimentation et énergie. Le lendemain, l’indice CPI des prix à la consommation est passé de 2,4% à 2,5%, en ligne avec les attentes, mais la composante hors alimentation et énergie est restée à 2,1%. Enfin, vendredi, les prix à l’importation ont progressé de 3,3% alors que les estimations tablaient sur 3,9%. Le chiffre du mois précédent a, en outre, été révisé de 3,6% à 3,3%. Tous ces chiffres se sont donc révélés soit en ligne soit en retrait par rapport aux estimations.

Nous pouvons donc estimer que la semaine n’a pas généré de nouvelles craintes inflationnistes. En revanche, le baril de pétrole (Future WTI), après avoir fait une incursion en-dessous de 68 dollars mardi dernier, est remonté vers 71,50 en fin de semaine dernière. L’or (mais est-ce encore un indicateur d’inflation?) est passé de 1'305 à 1'325 dollars entre mercredi et jeudi.  Enfin, le dollar index DXY s’est détendu, passant de 93,40 à moins de 92,30 hier après-midi. Il va donc falloir assembler toutes les pièces de ce puzzle complexe en attendant la version officielle de nos banquiers centraux mi-juin.

«CTGC (China Three Gorges Corporation) est prêt à débourser
9,07 milliards d’euros pour acquérir la totalité d’EDP.»
Après Syngenta, EDP?

Que suivre cette semaine? Nous surveillerons les ventes au détail aux Etats-Unis cet après-midi ainsi que Philly Fed jeudi. Du côté des émetteurs corporates nous suivrons le déroulement de l’OPA du chinois Three Gorges sur EDP (Energias de Portugal). Déjà détenteur de 21% de l’opérateur portugais depuis décembre 2011 (payés à l’époque 2,7 milliards d’euros), CTGC (China Three Gorges Corporation) est prêt à débourser 9,07 milliards d’euros pour acquérir la totalité d’EDP. Le prix sera sans doute révisé à la hausse mais pour les détenteurs d’obligations EDP, la question qui se pose est celle de la future garantie de dette par le nouvel actionnaire et celle du verdict de l’opération par les agences de notation.

Ce qui est arrivé au suisse Syngenta est dans toutes les mémoires: noté A2 par Moody’s, il a été acquis par le Chinois ChemChina. Une fois l’opération finalisée en mai 2017, il était dégradé brutalement à Baa2 le 12 mai puis à Ba2 le 31 mai. Un fleuron suisse de l’agrochimie passant brutalement de single-A à Junk, cela n’arrive pas tous les jours. A l’époque, nous suivions l’obligation Syngenta 1,875% 2021 en euros et son spread était passé de 20 points de base mi-avril à 95 fin juin.

Bien entendu, les situations ne sont pas similaires et surtout, Three Gorges, noté A1/A+, a de meilleures références que ChemChina. Enfin, une telle opération n’est pas sure d’aller jusqu’au bout car il s’agit d’une prise de contrôle totale d’un opérateur électrique national, ex-monopole d’état, par les chinois. Le Portugal et l’Europe auront leur mot à dire.