Fusions-acquisitions: des nuages mais pas de tempête en 2019

AWP

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«Le niveau d’incertitude politique reste élevé, mais il ne faut pas exagérer son impact sur les décisions des entreprises», estime Sophie Javary de BNP Paribas.

Les nuages politiques nombreux en 2019 pourraient compliquer certaines opérations de fusions-acquisitions, mais la vitalité de secteurs comme la santé ou les technologies, et des capitaux toujours abondants, devraient permettre de surmonter bien des obstacles.

«Le niveau d’incertitude politique reste élevé, mais il ne faut pas exagérer son impact sur les décisions des entreprises», estime auprès de l’AFP Sophie Javary, responsable des activités fusions-acquisitions et marché de capitaux en Europe, au Moyen-Orient et en Afrique de BNP Paribas.

«Les sociétés se sont habituées à cette instabilité et les marchés de financements sont toujours très actifs», ce qui permet d’afficher «une grande sérénité sur la capacité des groupes à lever des fonds» pour se lancer dans des opérations, développe-t-elle.

Un constat partagé par Hubert Preschez, codirecteur de la banque d’investissement de HSBC, qui juge aussi que «le dynamisme de nombreux secteurs et une abondance capitaux font que cette année devrait être un bon millésime», même si «encore plus qu’en 2018, des éléments exogènes de nature politique peuvent créer des perturbations dans les processus».

Cela peut conduire, selon lui, à un «marché à fenêtre», avec donc des phases d’ouverture et de fermeture, mais sans empêcher les opérations pour autant.

Entre le Brexit et les négociations commerciales sino-américaines, la volatilité qui a fait son retour en force en 2018 risque de rester patente.

«Du fait des tensions entre la Chine et les États-Unis, il y a du capital qui peut aller se déployer en Europe», note toutefois M. Preschez.

Les élections européennes pourraient aussi compliquer des dossiers avec des problématiques de concurrence à l’instar de la fusion Alstom-Siemens, qui n’a toujours pas eu le feu vert européen, car Bruxelles s’inquiète de la position dominante du nouvel ensemble dans la signalisation ferroviaire et les trains à grande vitesse.

A la recherche de l’innovation

En matière sectorielle, «depuis le début de l’année, les annonces sont très focalisées sur la santé», qui a déjà connu une croissance marquante en 2018, observe Mme Javary.

Après l’annonce des laboratoires pharmaceutiques britannique GSK et américain Pfizer de la fusion de leur activité de médicament sans ordonnance et de parapharmacie mi-décembre, le mois de janvier a commencé sur les chapeaux de roue avec le géant pharmaceutique américain Bristol-Myers Squibb (BMS) qui a cassé sa tirelire pour racheter son rival Celgene pour 74 milliards de dollars.

Eli Lilly lui a emboîté le pas en proposant 8 milliards pour Loxo Oncology.

«Il y a également une accélération des secteurs traditionnels dans les technologies, car ils essayent de capter les innovations», complète Mme Javary. Et de donner l’exemple de l’automobile avec la voiture autonome.

Pour Olivier Guignon, associé-gérant de la banque d’affaires Alantra, «l’entrée en vigueur de la loi Pacte sur la croissance des entreprises qui abaisse de 95 à 90% le seuil permettant à un actionnaire de retirer un groupe de la cote devrait aussi encourager beaucoup d’acteurs» à se lancer en France.

«Avec la correction boursière de 2018, les valorisations redeviennent en outre attractives» en Europe, ajoute-t-il. Car la baisse des cours d’une action réduit le prix à débourser en cas d’acquisition.

Avec «des capitaux très concentrés au sein de familles dotées de visions de long terme, analyse-t-il, le domaine des valeurs moyennes en Europe devrait rester actif et résilient» face à la volatilité.

Au final, malgré la nervosité, l’année 2018 s’est d’ailleurs avérée positive pour les fusions-acquisitions globalement.

«Dans l’ensemble, cela a été une bonne année, avec une hausse de 29% aux Etats-Unis et de 23% en Europe, au Moyen-Orient et en Afrique», détaille Mme Javary.

La France a en revanche moins bien tiré son épingle du jeu, avec des offres publiques pour des entreprises cotées en chute de 45%, d’après une analyse du cabinet Ernst & Young.

Mais ce reflux a surtout touché les grands groupes, car «pour les entreprises de taille moyenne, l’année a été similaire à la précédente», relativise M. Guignon.

L’année 2018 a enfin vu l’activisme d’actionnaires minoritaires, importé des Etats-Unis, gagner encore en puissance en Europe, comme en témoigne l’offensive lancée par le fonds activiste américain Elliott sur le groupe familial Pernod Ricard.

Et pour Mme Javary, «c’est une tendance de fond qui devrait continuer en 2019».