Tout change tout le temps…

Valérie Plagnol, Vision & Perspectives

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Révolutions silencieuses, adaptations pas si douloureuses…

Pas besoin de remonter à James Watt et sa machine à vapeur pour constater combien les révolutions industrielles successives ont façonné notre monde, nos emplois et nos vies. Celle à l’œuvre fait peur… une fois de plus.  

Récemment le film Les Figures de l’Ombre rendait hommage aux femmes afro-américaines de la NASA qui, au début des années soixante, contribuèrent de manière décisive à la conquête spatiale. On y voit des bataillons de jeunes femmes, littéralement dénommées «human computers», d’abord occupées à calculer des milliers d’opérations puis, travaillant à nourrir la première machine IBM, pour bientôt – on le pressent – être remplacées par elle. Simples subordonnées, on les voit également être promues à des missions plus importantes et plus intéressantes. En 1980, une comédie sur la vie de bureau («From 9 to 5»), dépeignait un univers d’open space peuplé de rangées interminables de secrétaires attachées à leur machine à écrire à boule. Jane Fonda s’y retrouvait aux prises avec une gigantesque photocopieuse devenue folle, crachant du papier comme un dragon du feu.

Comme les cochers, les secrétaires dactylographes
et bien d’autres encore, beaucoup seront sacrifiés.

Après la force de travail pure (les hommes, les chevaux), remplacée par la vapeur puis par le moteur à explosion et autres inventions mécaniques, de nouvelles tâches routinières, répétitives  et de plus en plus complexes, ont été prises en charge par la machine. Qui se plaindra de ce progrès? Il est comme toujours à double tranchant. Ces transformations induisent nécessairement des adaptations, certaines plus aisées que d’autres, c’est une évidence. Alors que la bataille de la 5G est lancée, le déploiement de l’Intelligence Artificielle, de l’internet des objets et de la robotique, va s’accélérer.  Si on y perçoit les gains dans nos vies quotidiennes, on craint pour nos emplois, pour notre vie privée. Les études se multiplient montrant qu’à l’horizon de 2030, la quasi-totalité des fonctions présentes (90%), auront été transformées, tandis qu’un quart des métiers actuels pourraient purement et simplement disparaître. Et certains d’en conclure que seuls les plus et les mieux formés survivront! De quoi nous faire peur en effet. Bref, comme les cochers, les secrétaires dactylographes et bien d’autres encore, beaucoup seront sacrifiés.

Mais cette dystopie machiniste n’est pas une fatalité. Comme au temps des luddites, la technologie est aussi rendue responsable de maux économiques qui ne sont pas de son fait. Il n’est plus question aujourd’hui que de Techlash, de rebuffades contre les intrusions de la technologie et des grands groupes qui la portent dans nos vies et notre économie. D’où le rejet de la robotisation des usines, des blocages face à la modernisation. Les statistiques n’y font rien: les robots tuent des emplois, un point c’est tout. Il y a de quoi être méfiant, admettons-le: l’usage de la reconnaissance faciale, de la notation instantanée des personnes et des services, et plus généralement du stockage des données personnelles au service du contrôle de la population – par le biais de ces outils de communication – qui commencent à se déployer en Chine par exemple, font furieusement penser à «1984». Mais lorsqu’il écrivait son roman, George Orwell parlait plus de son présent politique, qu’il n’imaginait un quelconque futur technologique sur lequel il n’avait que peu d’idée.

Les photocopieuses effrayantes ont fait place
à des imprimantes personnelles, ou mieux encore au Cloud.

Au risque de passer pour une techno-optimiste béate, je pense que ce qui importe aujourd’hui comme hier, est moins la technologie elle-même que l’usage que l’on en fait. Et cette nouvelle phase de la révolution technologique porte également en elle de nouvelles exigences: reconsidérer les modes de travail et même peut-être la notion de travail elle-même. Cela peut vouloir dire aussi qu’il faudra repenser et adapter la protection des personnes, leur santé, leur retraite – si cette dernière existe toujours. Enfin, on le voit déjà, c’est l’organisation de l’Etat, la relation aux citoyens, leur participation, leur vie privée, entre autres, qui sont déjà en train d’être bousculées et reconsidérées.

Les photocopieuses effrayantes ont fait place à des imprimantes personnelles, ou mieux encore au Cloud. Certaines écoles en Finlande se demandent s’il est encore utile d’enseigner l’écriture manuscrite aux enfants. Et qui se souvient sans hésitation de ses tables de multiplications, quand les calculettes sont toujours à portée de main sur nos smartphones? Mais à voir la somme des bureaucraties qui a envahi nos vies quotidiennes, et qui semble le résultat d’une organisation mal adaptée aux nouvelles technologies, il est clair que beaucoup reste à faire. La question est de savoir ce que nous voulons préserver et comment nos institutions vont s’adapter et nous permettre de maîtriser ces nouveaux usages.