Sortie des taux négatifs? Pas pour tout de suite

Yves Hulmann

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Le recul de l’inflation en Suisse observé depuis l’automne dernier et la position attentiste de la BCE laisseront plus de temps à la BNS pour agir.


©Keystone

A la fin de l’été dernier, l’affaire semblait entendue. A la faveur d’une économie helvétique tournant à plein régime et d’une reprise progressive de l’inflation, 2019 devait être l’année qui marquerait un début de normalisation de la politique monétaire en Suisse. Le consensus des économistes pariait alors sur un retour à des taux un peu moins négatifs qu’ils ne le sont depuis janvier 2015. Entre mi-septembre et mi-octobre dernier, les taux des emprunts de la Confédération à dix ans évoluaient à nouveau en territoire positif.

Inflation en chute libre

En décembre, l’annonce de la contraction inattendue du PIB helvétique au troisième trimestre, couplée à la baisse de l’inflation sous l’effet de la baisse des prix du pétrole a remis en question ce scénario. Dans un commentaire publié à la mi-décembre, Swiss Life Asset Management évoquait une «inflation en chute libre», révisant à 0,6% sa prévision d’inflation en Suisse pour 2019, soit sensiblement en dessous de celle du consensus (0,9%). Après le rebond de l’inflation en juillet, marqué par une progression de 1,2% des prix à la consommation (IPC), ce chiffre est retombé à 0,9% en novembre. Après un nouveau recul attendu à 0,7% pour décembre, l’IPC devrait se situer à seulement 0,5% à la mi-2019, prévoit l’assureur. 

La Fed, plus conciliante, a enrayé le mouvement de hausse des taux.

Hormis les statistiques spécifiques relatives à la Suisse, la tendance générale au quatrième trimestre a aussi été marquée par une pause dans le mouvement de hausse des taux sur le plan international. Aux Etats-Unis, les rendements des bons du Trésor à dix ans sont redescendus à 2,7% actuellement, comparé à un pic de 3,26% en octobre. Lorsqu’elle a relevé d’un quart de point ses taux directeurs le 19 décembre, la Réserve fédérale a elle-même indiquer tabler sur des taux de 2,9% pour 2019, contre 3,1% anticipé précédemment. Début janvier, Jerome Powell a aussi largement contribué à rassurer les marchés en se montrant plus «conciliant» au sujet des possibles hausses de taux durant 2019. Même tendance outre-Rhin, où les taux du Bund à dix ans évoluaient autour de 0,24%, comparé à plus de 0,5% au début de l’automne dernier.

En attendant la BCE 

Dans ce contexte, les anticipations d’un premier tour de vis de la part de la Banque nationale suisse (BNS) à partir de la seconde moitié de 2019, précédant un retour aux taux zéro, voire positifs, en 2020, ont été récemment remise en question. Jusqu’en novembre, le scénario dominant était en effet que la BNS attendrait une première hausse de taux de la part de la Banque centrale européenne (BCE), prévue à partir de la fin de l’été, pour agir à son tour. «Tant que la BCE n’augmente pas ses taux d’intérêt, la BNS ne dispose d’aucune marge de manœuvre», soulignait la Banque Cantonale de Zurich (ZKB) en présentant ses perspectives de fin d’année. Et une première hausse des taux de la part de la BCE n’est attendue qu’à partir de l’automne 2019, ajoutait l’institut.
Ces dernières semaines, la certitude à propos d’un premier relèvement des taux de la part de la BNS, escompté durant la seconde moitié de 2019, s’est quelque peu affaiblie. Si le scénario de base reste valable, le calendrier de sa mise en œuvre pourrait, une nouvelle fois, être reporté.

 

Note de la rédaction: retrouvez tous les jours de cette semaine notre série «La Suisse en 2019».
Première partie: 
En phase de décélération
Deuxième partie: Actions suisses: place aux défensives