Perspectives hebdomadaires de Raiffeisen

Raiffeisen

3 minutes de lecture

Le marché des actions toujours désorienté.

En  juillet, les investisseurs en actions du SMI suisse ont encore réalisé un solide bénéfice de 6,5%, affichant une propension élevée au risque, notamment en raison d'un bon début de saison de publication des résultats et d'un accord entre les USA et la ZE concernant le conflit commercial. Or, il y a du sable dans les rouages depuis la fin du mois. En effet, le SMI se négocie dans une marge assez serrée, comprise entre 9'100 et 9'200 points. Pourtant, les événements susceptibles de faire évoluer le marché ne manquent pas, mais leurs effets se neutralisent dans l'ensemble. D'un côté, il faut noter les résultats toujours positifs des entreprises pour le premier semestre. Cette semaine, par exemple, les titres industriels suisses Dätwyler et Belimo ont confirmé les bonnes performances des autres entreprises industrielles. Les cours de leurs actions ont initialement augmenté en conséquence. Des sociétés comme Geberit, Swiss Life, Straumann, Schindler ou Gurit fourniront des informations complémentaires sur la marche des affaires des entreprises suisses.

De ce point de vue, nous tablons toujours sur une perspective positive. En revanche, le marché des actions ne parvient pas à s'envoler, en raison des nouvelles politiques (commerciales). La Chine a répondu à la menace de sanctions douanières US par des contre-mesures et imposera, à son tour, des tarifs douaniers de 25% sur les importations US d'une valeur de 16 milliards de dollars.

La croissance et les taux d'intérêt favorisent
significativement les USA, tandis que l'Europe reste à la traîne.

En même temps, l'automne s'annonce mouvementé en Italie. Le nouveau gouvernement, sceptique envers l'UE et l'euro, ne jouit que d'une unité fragile. Luigi Di Maio, le vice-premier ministre du Movimento Cinque Stelle, plaide pour la mise en œuvre rapide des réductions d'impôts et du revenu de base, alors que le premier ministre Giuseppe Conte envisage d'introduire ces mesures progressivement. Le gouvernement doit présenter un budget jusqu'en octobre, qui soit accepté tant par les vainqueurs des élections que par l'UE, faute de quoi le conflit risque de perturber les marchés financiers.

L'économie italienne peine, quant à elle, à prendre son essor et devrait envisager la plus faible croissance de la ZE cette année. Une première estimation, selon laquelle la ZE n'aura pu augmenter que de 0,3% au second semestre, devrait également être confirmée la semaine prochaine.

La croissance et les taux d'intérêt favorisent actuellement significativement les USA, tandis que l'Europe reste à la traîne. L'euro continue de subir une pression en conséquence. En revanche, accompagnée de perspectives de croissance moroses, la lire turque souffre notamment d'une forte inflation et d'éventuelles nouvelles sanctions US, et subit toujours des pressions considérables, perdant près de 30% par rapport au CHF depuis le début d'année. Il en va de même pour le yuan chinois et le rouble. Les tensions politiques risquent de se répercuter encore sur la volatilité des marchés de change.  

Graphique de la semaine

Fourchette de négoce étroite du SMI

Sources: Bloomberg, Investment Office du Groupe Raiffeisen
Gros plan: pas de panique liée au conflit commercial (pour le moment)

Le conflit commercial ne semble pas une menace imminente aux yeux des investisseurs. Certes, la situation s'est nettement améliorée du point de vue européen, depuis l'accord entre Donald Trump et Jean-Claude Juncker. Or, ce cessez-le-feu (temporaire?) ne concerne qu'un seul front du conflit commercial. L'autre, opposant les USA et la Chine, est toujours grand ouvert à des affrontements permanents et qui vont en s'aggravant. Les deux parties ont déclenché une deuxième vague d'attaques cette semaine, lorsque Pékin a menacé d'imposer dessanctions douanières sur les produits US, suite à l'annonce de Trump d'imposer des tarifs douaniers supplémentaires sur les produits chinois.

Face à cette joute commerciale, de plus en plus violente, entre les deux puissances économiques, les marchés des actions réagissent de plus en plus avec une certaine léthargie. En raison de cette escalade, les indices importants ont certes ressenti une certaine pression, toutefois qualifiée de modérée jusqu'à présent, en particulier pour le S&P 500 US, à en croire les récents gains de cours. Dans l'ensemble, les cours n'affichent pourtant plus les mêmes bonds significatifs que par le passé (cf. graphique), suite aux dernières évolutions du conflit commercial.  

Les marchés semblent s'être habitués aux nouvelles
(principalement) mauvaises liées au conflit commercial.

Cela peut être dû principalement à trois facteurs. Tout d'abord, les marchés semblent s'être habitués aux nouvelles (principalement) mauvaises liées au conflit commercial, et ont en même temps intégré sa tendance. Par ailleurs, la saison des publications des résultats, toujours en cours, fait état de très bons résultats des entreprises et soutient considérablement les cours des actions. Enfin, il n'existe toujours aucune influence négative due au conflit commercial, à en croire les indicateurs économiques. Et qui plus est: la circulation des marchandises entre la Chine et les USA ne cesse de croître, selon les chiffres de juillet.  

Il serait toutefois erroné de sous-estimer la suite du conflit commercial. D'une part, il est possible que les deux pays cherchent des solutions à l'occasion de négociations, à l'instar de la politique commerciale transatlantique; mais il est tout aussi possible que les marchés financiers n'aient pas anticipé un éventuel durcissement des fronts, soit sous la forme d'une nouvelle confrontation entre l'Europe et les USA, soit par une escalade incontrôlée entre Washington et Pékin. Les élections de mi-mandat à venir risquent d'exacerber davantage le comportement imprévisible de Trump dans le cadre du conflit commercial. Bien qu'il ait réussi à serrer les rangs parmi les Républicains, il ne peut être exclu que le président US se voie encouragé à être plus agressif dans sa politique étrangère, en raison des dernières élections partielles, serrées dans les fiefs républicains.  

Nous restons de l'avis que, face à ces incertitudes, les excellents résultats des entreprises ne doivent pas inciter à une euphorie prématurée. Au contraire, l'investisseur équilibré devrait donc veiller à avoir diversifié son portefeuille aussi largement que possible dans le cadre de son profil risque / rendement, afin qu'il soit paré à toute éventualité, si jamais le conflit commercial devait encore escalader.

Le conflit commercial semble ne plus être aussi inquiétant à court terme

MSCI World: évolution du cours et gains / pertes quotidien(ne)s

Sources: Bloomberg, Investment Office du Groupe Raiffeisen