Lutte pour le monopole technologique

Daryl Liew, REYL

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Chinois et Américains vont poursuivre leur bataille de manière acharnée dans un avenir proche.

Nous sommes à mi-chemin de la trêve des 90 jours à propos du différend commercial entre les Etats-Unis et la Chine. Les négociations semblent progresser dans la bonne direction, avec une réunion à Pékin entre des fonctionnaires des deux pays qui touche à sa fin. Des progrès semblent avoir été réalisés sur des questions moins litigieuses, comme par exemple l'engagement de la Chine à acheter davantage de produits agricoles et énergétiques américains. Une réunion de haut niveau suivra plus tard en janvier avec le vice-premier ministre chinois Liu. Il devrait poursuivre les discussions avec le représentant américain au commerce Robert Lighthizer et le secrétaire au Trésor Steven Mnunchin sur des sujets plus sensibles tels que les droits de propriété intellectuelle, les transferts de technologie et les barrières qui ne découlent pas du commerce. Le récent ralentissement des données sur la croissance économique dans les deux pays, dû en partie aux incertitudes découlant de la querelle commerciale, a poussé les deux pays à s'entendre. 

Les chinois Huawei, ZTE et Fujian Jinhua
restent hyperdépendants des puces américaines.

Même si un accord commercial est signé, les tensions entre les Etats-Unis et la Chine continueront probablement de s'aggraver. Les cas des géants chinois des télécom Huawei et ZTE ainsi que du fabricant de semi-conducteurs Fujian Jinhua, cibles de diverses enquêtes américaines, laissent à penser que le différend n'est pas seulement lié au commerce, mais également à un monopole technologique. Il s'agit d'une bataille qui verra vraisemblablement les deux pays poursuivre leur lutte de manière acharnée dans un proche avenir. 

Bien que la Chine soit devenue une puissance industrielle mondiale, elle est toujours fortement tributaire des puces semi-conductrices importées pour de nombreux produits, les fabricants américains, coréens et taïwanais étant les leaders technologiques incontestés dans ce domaine. En ce sens, les interdictions frappant les entreprises américaines de toute exportation d’équipements et de composants vers ZTE et Fujian Jinhua ont démontré la vulnérabilité technologique de la Chine, ces deux entreprises ayant été contraintes d'arrêter leur production en raison de la pénurie de composants de base. Paradoxalement, ces actions ne feront probablement qu'accélérer les efforts de la Chine pour atteindre une «souveraineté sur les semi-conducteurs» sous l’égide d’un gouvernement susceptible d'investir encore plus de ressources pour atteindre l'autosuffisance en matière de puces.

Fujian Jinhua Integrated Circuits est l'une des nombreuses entreprises chinoises soutenues par l'État qui cherche à développer son industrie naissante des semi-conducteurs. Dans le but de progresser, Fujian Jinhua et UMC, fabricant taïwanais de puces, ont convenu de travailler ensemble au développement d'une technologie DRAM spécialisée depuis mai 2016. Le marché des DRAM est dominé par le géant américain des semi-conducteurs Micron et les coréens Samsung Electronics et SK Hynix.

Les efforts de la Chine pour acquérir des technologies
étrangères risquent d'être encore plus difficiles.

Micron a accusé UMC, Fujian Jinhua et trois de ses employés d'avoir volé la propriété intellectuelle de Micron. En conséquence, le Ministère américain du commerce a inscrit Fujian Jinhua sur la liste des entreprises interdites d'exportation, ce qui signifie qu'il ne peut pas acheter de composants, de logiciels et de biens technologiques à des entreprises américaines. Refuser à Fujian Jinhua l'accès à la technologie américaine a sonné le glas de l'entreprise, les entreprises américaines fabriquant la plupart des équipements nécessaires à la production de puces. Fujian Jinhua a plaidé non coupable aux charges qui lui sont reprochées, mais dans l'intervalle, toute activité de DRAM a été interrompue. UMC aurait également reconverti ses ingénieurs travaillant sur le projet de DRAM avec Fujian Jinhua, ce qui laisse entendre que la société taïwanaise se prépare à abandonner ce projet.

En effet, les efforts de la Chine pour acquérir des technologies étrangères risquent d'être encore plus difficiles. L'Europe a également connu un certain recul avec le lancement l'année dernière d'un nouveau cadre de l'UE pour la sélection des investissements directs étrangers, une initiative qui a été élaborée en réponse à la menace croissante des entreprises chinoises cherchant à acquérir la technologie européenne. Bien que ces développements ralentissent la progression technologique de la Chine, la croissance considérable du marché intérieur et le fort soutien du gouvernement indiquent que ce n'est qu'une question de temps avant qu'une entreprise chinoise franchisse enfin le cap.