Les matières premières à l’épreuve d’une croissance ralentie

AWP

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«2018 a été une année qu’il faudrait oublier pour les métaux de base» vu la faiblesse des prix, selon les analystes de la banque Barclays.

L’évolution du marché des matières premières va être dictée en 2019 par l’ampleur du ralentissement de la croissance mondiale mais aussi par les tensions commerciales internationales, préviennent plusieurs analystes.

«2018 a été une année qu’il faudrait oublier pour les métaux de base» vu la faiblesse des prix, ont commenté les analystes de la banque Barclays, qui ajoutent que «2019 devrait être une nouvelle année de faiblesse, étant donné que l’affaiblissement prévu de l’économie mondiale devrait conduire à une demande moins importante».

Pour les métaux de base (cuivre, aluminium, nickel, etc.) comme pour le pétrole, le ralentissement de la demande du premier acheteur mondial, la Chine, devrait particulièrement peser sur la demande.

Dernier signe inquiétant en date, l’excédent commercial de la Chine a fondu en 2018.

Négociations tendues

En revanche, l’excédent chinois avec les Etats-Unis s’est creusé, ce qui ravive les craintes des investisseurs sur les tensions commerciales qui opposent Pékin et Washington.

Pour l’instant, les deux premières économies mondiales ont convenu début décembre d’une trêve de trois mois dans l’escalade des sanctions qu’ils s’imposent.

«Si un accord ne peut pas être trouvé dans cette intervalle, cela va peser sur le moral du marché» et notamment sur le prix du cuivre, ont commenté les analystes de ING.

«L’autre donnée à suivre est le montant dépensé dans les infrastructures en Chine», ont-ils ajouté.

Même si les mesures chinoises de soutien à l’économie devraient ainsi profiter à la demande, et donc au prix de l’aluminium, par exemple, «il reste un risque important de baisse si les tensions sino-américaines escaladent encore», a écrit Bernard Dahdah, analyste chez Natixis.

L’Opep se débat

Du côté de l’or noir, le risque d’affaiblissement de la demande est clairement sur le radar de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep).

L’Organisation et ses partenaires, qui représentent la moitié de l’offre mondiale, ont annoncé début décembre qu’ils allaient limiter leurs exportations, alors que les prix avaient chuté fin 2018.

Ces mesures «devraient permettre au marché d’atteindre l’équilibre au premier semestre», ont estimé les analystes de Capital Economics, mais «une croissance de la demande moins élevée aux Etats-Unis va ralentir le marché au second semestre».

La production américaine continue d’augmenter, alors que les Etats-Unis ont dépassé l’Arabie saoudite, puis la Russie, pour devenir les premiers producteurs mondiaux.

«De nouveaux oléoducs devraient commencer à fonctionner» ce qui pourrait faciliter les exportations des Etats-Unis et rapprocher la référence américaine, le WTI, du prix européen du pétrole, le Brent, qui est plus cher de près de neuf dollars en janvier, ont ajouté les analystes de Capital Economics.

Nouvelles normes maritimes

Mais le marché du pétrole va également devoir garder un oeil sur de nouvelles normes sur le carburant, alors qu’approche la date butoir de 2020, fixée par l’Organisation maritime internationale (IMO).

La mesure, qui demande aux transporteurs d’utiliser un carburant à teneur maximale de 0,5% de soufre, contre 3,5% actuellement, «va avoir un effet sur le monde des frets maritimes, mais également sur celui du pétrole et des carburants», ont prévenu les analystes de ING.

Les affréteurs vont en effet devoir se rabattre sur des qualités de carburant plus élevées, ce qui pourrait les rendre plus coûteux.

Le roi dollar affaibli

Dans ce contexte, le cours du dollar, monnaie de référence sur les grands marchés des matières premières, va moins jouer sur le cours des matières premières industrielles.

Mais l’or, utilisé par les investisseurs pour se protéger du risque, pourrait profiter d’un éventuel affaiblissement du billet vert.

«Le cycle de hausse des taux de la Réserve fédérale américaine (Fed) devrait s’achever en 2019», ont prévenu les analystes de Commerzbank.

Quand la Fed hausse ses taux, cela accroît le rendement du dollar et des obligations américaines, et pèse sur l’or, actif sans rendement.