Le nucléaire français a encore de l’avenir

S&P Global Ratings

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S&P Global Ratings se penche sur les implications possibles de la Programmation Pluriannuelle de l’Energie (PPE) sur le marché de l’électricité française et sur EDF.

Selon S&P Global Ratings, le plan de transition énergétique de la France est ambitieux mais aussi complexe. Le projet de PPE confirme la place centrale de l'énergie nucléaire dans le mix énergétique français, pour plusieurs décennies. Il suppose des investissements importants et confère à EDF un rôle majeur dans l’atteinte de ses objectifs. Aussi, indépendamment des aspects qui seront précisés à l’issue de la période de consultation, la PPE concerne directement le seul opérateur nucléaire intégré en France: EDF.

PPE: pas de grand changement pour le mix énergétique français d'ici 2028.

Le nucléaire français a encore de l’avenir 

Le projet de PPE ne prévoit pas la réduction en deçà de 50% de la part du nucléaire dans le mix énergétique français au-delà de 2035. En outre, l'Etat a injecté 8,5 milliards d'euros dans l'industrie nucléaire nationale en 2017 (EDF: 4 milliards d’euros – Orano: 2,5 milliards et Areva 2 milliards) et la France a d’importantes ambitions nucléaires à l'étranger (Orano en Chine; EDF au Royaume-Uni et en Inde). Cette prépondérance durable du nucléaire pourrait conduire à de nouvelles extensions de la durée de vie du parc nucléaire existant (au-delà de 50 ans), voire à la construction de nouveaux réacteurs EPR.

La PPE suppose la vigueur des exportations
d’électricité «Made in France» vers les pays voisins.

Cette nécessité pour la France d’exporter est exacerbée par le fait que son offre d’électricité est historiquement excédentaire, tandis que la production devrait augmenter davantage et que, selon nous, la tendance de la demande est plutôt baissière. Le plan français dépend donc des plans des pays voisins visant à réduire leurs émissions de CO2 ou à assurer leur indépendance énergétique (Allemagne, Belgique, Espagne, Italie, Royaume-Uni, notamment). En outre, le plan français pourrait aussi dépendre d’interconnexions nouvelles entre réseaux de transport d'électricité européens, c’est-à-dire de projets qui jusqu’ici se sont avérés difficiles, longs et coûteux. En l’absence de croissance des exportations, l’offre excédentaire d'électricité pourrait se traduire par la réduction de la capacité nucléaire existante ou par un moindre déploiement de la capacité en énergie renouvelables.

Les gains d'efficacité énergétique
renforcent la dépendance à l'égard des exportations.

Selon nous, la France est bien positionnée pour atteindre deux objectifs nationaux importants : une faible production de CO2 et l’indépendance énergétique.  La production nucléaire présente des avantages évidents en termes de respect des objectifs de l'Union Européenne de réduction des émissions de CO2, d'indépendance énergétique de la France et de maintien du savoir-faire industriel. Les 90% de la production d'électricité provenant de sources à faible émission de CO2 (d’origine nucléaire et hydraulique) couvrent largement la demande intérieure. Les fermetures de centrales nucléaires prévues ne devraient donc pas mettre en péril la sécurité énergétique du pays.

La PPE prévoit une poussée des renouvelables dont les capacités totales devraient être multipliées par 5 à horizon 2028 (solaire photovoltaïque et éolien terrestre, notamment). Cependant, les gains d'efficacité énergétique se traduisent par une baisse moyenne de la consommation intérieure, que les objectifs ambitieux de l’UE en la matière freineront davantage. Nous ne voyons pas le développement des véhicules électriques changer fondamentalement cette tendance de la demande au cours de la prochaine décennie, car la demande additionnelle d'électricité sera relativement marginale et ne compensera pas la baisse de la consommation dégagée par les gains d'efficacité énergétique dans tous les secteurs économiques. Ceci va dans le sens d’un renforcement de la forte dépendance à l'égard des exportations.

Par ailleurs, la France n'a investi dans aucun nouveau projet nucléaire au cours des 20 dernières années. Selon l’ASN, la perte de compétence et l'attrait du secteur pourraient constituer des défis en cas d’intensification de l'activité afin de prolonger la durée de vie du parc.

EDF: la PPE ne modifie pas la stratégie d’ensemble
d’EDF, sans lui être favorable pour autant.

Selon nous, l’essentiel des activités de production du groupe – donc ses résultats – restent tributaires des prix du marché de l’électricité. Même dans un contexte de hausse des prix de l'électricité, les indicateurs de crédit d'EDF resteraient relativement faibles par comparaison à ceux de ses homologues européens qui sont centrés sur les activités de génération.

S&P Global Ratings considère que:

  • les propositions actuelles ne modifient guère les difficultés structurelles auxquelles EDF est confronté, ni son profil de crédit. Le groupe conservera un endettement important, sans capacité accrue d’infléchir la trajectoire de sa dette.
  • la stratégie à long terme d’EDF (Cap 2030) et ses dépenses d’investissement (12 milliards/an) ne devraient pas être révisées de manière conséquente.
  • EDF restera donc très exposé à la volatilité et à la concurrence du marché de gros de l'énergie. Or la demande européenne pourrait devenir moins prévisible et la volatilité des prix s’intensifier face à la fréquence et à la sévérité accrues d’évènements climatiques extrêmes, tandis que le développement des énergies renouvelables accroît la dépendance aux conditions météorologiques.
  • les notes de EDF tiennent compte de la forte probabilité selon nous d’un soutien extraordinaire de l’Etat en cas de besoin. La PPE réaffirme le soutien fort de l’Etat à EDF, notamment par le biais d’une éventuelle augmentation de sa participation au capital de l’électricien. Nous comprenons également que le gouvernement souhaite travailler sur un cadre réglementaire visant à assurer la pérennité économique du parc nucléaire existant tout en prémunissant les consommateurs contre les hausses de prix de marché après 2025. Par ailleurs, l’Etat réfléchit avec EDF à une éventuellement restructuration du groupe visant à faciliter son accès au financement pour couvrir ses importants besoins d'investissement au cours de la prochaine décennie.