La tempête ou le calme?

Pascal Mischler, Goldman Sachs Asset Management

3 minutes de lecture

Il faudra faire preuve de patience pour évaluer la valeur et le potentiel d’une reprise des actifs émergents.

Les ventes massives d'actifs des marchés émergents (ME) ont fait réapparaître les questions sur les perspectives à long terme, alors que les vecteurs de ce manque de confiance ne se cantonnent pas aux ME. Cette récente volatilité, est-elle le signe précoce d’une grande correction des prix des actions sur fond de détérioration du cycle de croissance des ME? Ou ce récent repli va-t-il tout simplement se dissiper pour faire émerger de nouvelles opportunités d’investissement étant donné que le repli a impacté de manière globale les actifs des ME?

A quoi est attribuable cette faiblesse des actifs des ME?

Cette faiblesse des actifs des ME s’est manifestée en trois vagues. La première vague a été créée par le ralentissement de la croissance mondiale au premier trimestre. La seconde vague a découlé plus largement d’évènements politiques dans des pays tels que le Brésil ou le Mexique. La troisième vague, plus récente, est associée aux tensions commerciales entre les Etats-Unis et la Chine qui ont débouché sur une sous-performance de certains petits pays asiatiques faisant partie de la chaîne d’approvisionnement chinoise. 
En ce qui concerne le court terme, nous pensons qu’il faudra faire preuve de patience pour évaluer la valeur et le potentiel d’une reprise des ME. En revanche, nous sommes d’avis que les arguments justifiant de conserver des actifs des ME à plus long terme - croissance solide, caractéristiques démographiques favorables, faible endettement, robustesse générale des bilans et potentiel de croissance des bénéfices des entreprises - demeurent intacts. 

Les ME sont bien mieux armés face à une interruption soudaine des flux
d’investissements étrangers que lors des précédentes périodes de stress.
Les ME sont-ils vulnérables à une réduction du flux d’investissements étrangers? 

De notre point de vue, les ME sont bien mieux armés pour faire face à une interruption soudaine des flux d’investissements étrangers que lors des précédentes périodes de stress. Tout d’abord, les ME se sont constitués d’importantes réserves de change sur lesquelles ils peuvent ponctionner pour compenser la fuite de capitaux. Ensuite, du point de vue de leurs fondamentaux, les ME sont bien mieux positionnés que lors des précédents épisodes de replis. Enfin, la valorisation des actifs des ME inclut déjà une part importante de risques, ce qui, selon nous, réduit le potentiel de futurs reculs de celle-ci, susceptibles d’engendrer d’autres fuites de capitaux.

Quelles sont les perspectives d’afflux d’investissements dans les ME?

Pour ce qui est de l’avenir, nous allons porter notre regard sur trois cycles de changement potentiel du contexte macroéconomique des ME: 
Déclin de la liquidité - à l’échelle mondiale, l’assouplissement quantitatif laisse sa place au resserrement - en parallèle, le relèvement des taux directeurs des pays développés a contribué à l’assèchement des flux de capitaux dans les ME; cependant, nous sommes d'avis qu’il s’agit là d’un effet du rééquilibrage du portefeuille mondial au sens large et que cela n'est pas spécifique aux ME.

Nous pensons que la récente appréciation du dollar américain découle de la croissance solide relative des Etats-Unis par rapport au reste de l’activité mondiale et du relèvement des taux de la Fed, associés à des rééquilibrages de la part des investisseurs qui ont contribué à la magnitude de cette évolution. Une stabilisation ou une reprise de la dynamique positive de l’activité mondiale pourrait oblitérer l’avance du dollar tout en diminuant la pression sur les ME.

Les ME conservent un rythme de croissance largement supérieur à celui des pays développés. Soulignons, à ce titre, l’exception notable représentée par la Chine. Cependant, une décélération de croissance n’est la même chose qu’un déclin; en conséquence, nous considérons que le contexte global demeure intact.

La récente sous-performance des ME a été abrupte
et son impact sur les actifs des ME a été indiscriminé.
La récente évolution du cours des actifs des ME est-elle justifiée? 

La récente sous-performance des ME a été abrupte et son impact sur les actifs des ME a été indiscriminé. Certains facteurs spécifiques peuvent expliquer une correction de prix dans certains marchés; cependant, nous ne tablons pas sur une faiblesse soutenue et généralisée, compte tenu des fondamentaux sous-jacents de ces marchés. Nous conservons notre point de vue optimiste à long terme à l’égard des actifs des ME, du fait de la solidité de leurs fondamentaux macroéconomiques et de leur plus grande résilience désormais par rapport aux précédents épisodes de stress sur les marchés.

Quelle est la meilleure approche d’investissement en ce qui concerne le revenu fixe des ME?

L’univers d’investissement du revenu fixe des ME est vaste, diversifié et, comme nous l’avons déjà indiqué, il est associé à des perspectives de dynamique macro et micro attrayantes, notamment une croissance solide, de bonnes caractéristiques démographiques, des bilans globalement résilients et un potentiel de croissance des bénéfices des entreprises. Ces avantages se cumuleront sur un horizon de placement de moyen à long terme. 

La diversité au sein de la classe d'actifs engendre une diversité de performance, raison pour laquelle il est impératif d'appliquer une approche de gestion active. Des rendements élevés et des primes associées aux spreads peuvent découler d’un certain nombre de facteurs, tels qu’une faible liquidité, un risque de crédit et des incertitudes politiques, entre autres. Cependant, une sélection de titres avisée combinée à une analyse macroéconomique top-down peut contribuer à faire émerger des opportunités spécifiques où les rendements et les primes associées aux spreads pallient adéquatement les risques afférents.

Et enfin, bien que l’économie des ME s’améliore et que leurs marchés financiers se consolident, la performance des actifs des ME est toujours influencée autant par les flux mondiaux que nationaux. L’application d’un processus d’investissement dynamique attentif aux risques peut contribuer à tirer parti de la performance des investissements dans un contexte mondial macroéconomique, politique et stratégique en constante évolution.