La Fed fait repasser le feu au vert

Cédric Spahr, J. Safra Sarasin Asset Management

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Les estimations de croissance bénéficiaire pour les actions américaines et britanniques sont plutôt réalistes et devraient être dépassées.


©Keystone - AP Houston Chronicle Cody Duty

La décision probable de la Fed de reporter le durcissement de sa politique monétaire au second semestre 2019 offre une opportunité pour les investisseurs en actions au deuxième trimestre. Les cours des actions intègrent dans une large mesure un ralentissement de milieu de cycle, même si le conflit commercial entre les États-Unis et la Chine a peu de chance de disparaître totalement. Nous anticipons une croissance bénéficiaire raisonnable en 2019, avec des taux de croissance supérieurs à la moyenne aux États-Unis, au Royaume-Uni et en Suisse. En mars, les investisseurs devraient réduire leur exposition aux secteurs défensifs pour se repositionner sur les secteurs cycliques comme la technologie et l’industrie afin de participer au rebond actuel des actions, l’objectif étant de prendre des bénéfices en milieu d’année. 

Les impulsions monétaires l’emportent sur les tendances macroéconomiques.

La correction des marchés des actions de décembre 2018 a confirmé notre hypothèse que la volatilité augmenterait probablement cette année et que les investisseurs devaient se préparer à une large bande de fluctuation des actions. La «patience» de la Fed, tant au niveau du calendrier des futures hausses de taux qu’en termes de réduction progressive de son bilan, a dissipé les craintes d’un durcissement excessif de sa politique en plein ralentissement de la croissance mondiale. Les investisseurs peuvent désormais profiter de la perspective d’un report du resserrement de la politique monétaire américaine, ce qui offre une opportunité sur les marchés d’actions et de crédit au premier semestre. Les impulsions monétaires expliquent environ deux tiers des fluctuations des marchés des actions à ce stade du cycle, contre seulement un tiers pour les tendances économiques. 

Notre hypothèse est que les marchés des actions intègrent déjà dans une large mesure un ralentissement de milieu de cycle. Si nous observons de timides signes de redressement de l’activité manufacturière aux États-Unis, en France et en Italie, nous reconnaissons que l’actualité économique de la Chine, de la majeure partie de l’Asie et de l’Allemagne restera probablement morose au second semestre 2019. La divergence des taux de croissance entre les États-Unis et d’autres marchés régionaux risque de persister jusqu’au milieu de l’année. Certains signes indiquent cependant que la Chine rouvre les robinets monétaires, ce qui devrait stimuler davantage sa croissance au second semestre 2019. 

Persistance du conflit commercial USA-Chine

Nous prévoyons que les négociations commerciales entre les États-Unis et la Chine n’aboutiront qu’à des solutions partielles au premier semestre 2019. Au niveau politique, les deux parties pourraient trouver un compromis, ce qui permettrait à chacun des deux dirigeants de crier victoire à l’issue des négociations et de renforcer sa position sur le plan intérieur. Donald Trump pourrait accepter un accord prévoyant une hausse des importations chinoises de produits énergétiques et agricoles américains et une avancée sur les barrières non tarifaires. Il semble toutefois probable que les autres enjeux empêcheront de régler durablement le conflit commercial. Résoudre des questions telles que la protection de la propriété intellectuelle et trouver un terrain d’entente dans le secteur des technologies de l’information, sur lequel les États-Unis et la Chine se disputent la suprématie, devrait s’avérer beaucoup plus difficile. 

Nous prévoyons que l’activité manufacturière américaine restera supérieure à celles de l’Europe et du Japon en 2019

Sources : Datastream, J. Safra Sarasin, 26.02.2019

 

Le conflit au sujet de Huawei
symbolise la bataille pour l’hégémonie technologique.

La querelle diplomatique entre les États-Unis et la Chine au sujet du fabricant chinois d’équipements de télécommunications Huawei soulève d’importantes questions en matière de leadership technologique. Meng Wanzhou, CFO de Huawei, a été arrêtée au Canada en décembre dernier, pour violation présumée des sanctions américaines à l’encontre de l’Iran. À la suite de cet événement, les États-Unis et plusieurs pays alliés, comme l’Allemagne, ont émis de sérieux doutes quant à la sécurité des données confidentielles circulant sur les réseaux de communication mobile s’appuyant sur la technologie de Huawei. La plupart des experts en équipement de télécommunication estimant que Huawei offre actuellement l’infrastructure de télécommunication la plus avancée pour les réseaux de cinquième génération (5G), on ne peut que soupçonner un protectionnisme déguisé au nom de la protection de la confidentialité. Etant donné le rôle clé du secteur numérique pour maintenir le leadership économique à avenir, les investisseurs devront désormais évaluer avec le plus grand soin ces points de friction. 

La croissance négative de la masse monétaire atteindra son point d’inflexion au deuxième trimestre, un signal positif pour les marchés des actions

Sources : Datastream, J. Safra Sarasin, 26.02.2019

 

La contraction des liquidités bientôt terminée

Dans nos Perspectives pour 2019, nous avions souligné que la contraction des liquidités mondiales constituait un enjeu important. Nous prévoyons toujours que l’évolution des conditions monétaires sera l’un des principaux moteurs de la performance des marchés des actions. La contraction des bilans des banques centrales et de la masse monétaire mondiale M1 devrait toucher un point d’inflexion au début du deuxième trimestre 2019. Le gouvernement chinois s’est également engagé à prendre des mesures de relance budgétaire et monétaire supplémentaires afin de soutenir et de renforcer la croissance, ce qui devrait tirer les actions chinoises vers le haut au cours des prochains mois. Comme nous anticipons un statu quo de la Fed jusqu’en milieu d’année, une fenêtre d’opportunité s’est ouverte pour les actions mondiales et les actifs risqués en général. Les investisseurs devraient se positionner en vue d’un rebond des actions jusqu’en milieu d’année et prendre des bénéfices de manière disciplinée ensuite. 

Notre indicateur des conditions monétaires annonce un rebond des actions au T2 2019 

Sources : Bloomberg, J. Safra Sarasin, 26.02.2019

 

Renforcer les positions cycliques

Nous recommandons une stratégie pragmatique dans la sélection des secteurs jusqu’en milieu d’année. Un repli des marchés des actions en mars/début avril, devrait précéder le rebond attendu jusqu’ à la fin du deuxième trimestre. Durant cette période, nous recommandons de réduire progressivement les positions défensives pour se repositionner sur les secteurs cycliques, à savoir l’industrie, la consommation discrétionnaire et les banques. Dans ces trois secteurs, nous privilégions globalement les entreprises américaines, l’Europe recélant moins d’opportunités intéressantes. Les mesures de relance chinoises devraient également alimenter la progression des valeurs des matériaux. Une surpondération du secteur des services de communication, nouvellement créé, a du sens dans la mesure où ce dernier associe des opérateurs de télécommunication défensifs, des médias, ainsi que des réseaux sociaux et des sociétés de services Internet comme Facebook et Alphabet. 

Nous tablons sur une croissance raisonnable des bénéfices en 2019.

Les analystes actions ont nettement revu à la baisse leurs estimations de bénéfices pour 2019, principalement pour les entreprises américaines et des pays émergents. Nous pensons que les estimations de croissance bénéficiaire pour les actions américaines et britanniques sont plutôt réalistes et devraient être dépassées. Nous prévoyons également une solide croissance bénéficiaire pour les entreprises suisses. Nous restons optimistes à l’égard des entreprises des ME, dont les résultats devraient croître de 5%. Les entreprises nipponnes et de la zone euro (y compris allemandes) devraient générer une croissance bénéficiaire modeste comprise entre 3 et 4%. Au vu de ces chiffres, nous recommandons de surpondérer les actions américaines et des pays émergents et entrevoyons des possibilités de bonnes surprises sur le marché suisse. En revanche, nous conseillons de sous-pondérer les actions japonaises et d’adopter une position prudente sur celles de la zone euro. 

Positionnement en vue d’un rebond tactique

La croissance bénéficiaire attendue en 2019 a décéléré par rapport à 2018. La patience de la Fed à relever ses taux confirme les signaux positifs donnés par nos indicateurs de conditions monétaires. Les investisseurs devront se positionner en vue d’un rebond jusqu’à la fin du deuxième trimestre 2019 et de prendre ensuite des bénéfices vers le milieu d’année.