GAM: des couacs en série

Yves Hulmann

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L’affaire Haywood n’est que le dernier épisode d’une longue série de déboires subis par le gérant d’actifs zurichois ces dernières années.


Tim Haywood

L’action GAM s’est stabilisée mardi aux environs de 8,5 francs, après avoir perdu plus du tiers de sa valeur sur un mois et près de la moitié de celle-ci depuis janvier. Retour au calme mais aussi retour à la confiance pour autant? Récemment, l’attention du public s’est concentrée avant tout sur l’annonce, effectuée fin juillet, de la mise à pied de Tim Haywood, responsable des investissements en charge de la stratégie «Absolute return bond» (ARBF), puis de la suspension de la souscription et du rachat de neuf fonds ARBF communiquée le 2 août, suivie par l’annonce le 10 août de la liquidation de cette série de fonds représentant une valeur de 7,3 milliards de francs.

Dans une perspective long terme, plusieurs épisodes survenus au cours des dernières années chez GAM incitent à la prudence. Rappel de quelques déboires subis par le gérant d’actifs zurichois.

1. Plusieurs avertissements sur les résultats 

Le 13 juillet dernier, soit bien avant l’annonce de la suspension du responsable des fonds ARBF, GAM a émis un avertissement sur les résultats au premier semestre, principalement en raison d’un important correctif de valeur lié à l’acquisition du gérant d’actifs britannique Cantab Capital Partners en 2016. Durant cette seule séance, l’action avait alors dévissé de 15%. Le gérant d’actifs n’en était toutefois pas à son coup d’essai. Deux ans plus tôt, en juin 2016, GAM avait déjà émis un avertissement sur ses bénéfices pour le premier semestre, entraînant une chute du titre de 17% en une seule séance.

2. Rémunérations démesurées des dirigeants 

Indépendamment de l’évolution de ses résultats, GAM avait déjà été régulièrement critiqué pour sa politique salariale. En 2014, son directeur Alexander Friedman était le directeur le mieux payé parmi les sociétés hors SMI avec une rémunération directe de 8,9 millions de francs. Toutefois, même par rapport aux sociétés du SMI, le salaire de l’Américain, à la tête d’une société comptant un peu plus de mille employés, n’avait rien à envier aux dirigeants des grandes multinationales helvétiques. Pour seulement quatre mois d’activité en 2014, Alexander Friedman a perçu un salaire de 8,9 millions de francs (sans même inclure un paiement de compensation perçu en plus). Cela en faisait le huitième patron le mieux payé de Suisse en 2014, derrière Paul Bulcke de Nestlé (9,2 millions) et avant Martin Senn de Zurich Assurance (8 millions), selon des données compilées par la société de conseil HKP. 

Evénement rare en Suisse: en 2017, 54% des actionnaires
avaient rejeté le rapport consultatif sur les rémunérations.

Durant les années qui ont suivi, GAM a certes quelque peu abaissé la rémunération de son directeur (5 millions en 2015, 6 millions en 2014 et un peu plus de 4 millions en 2017). Cela n’a pas suffi à faire taire les critiques émanant des actionnaires à propos de la politique de rémunération de la société. Ainsi, en avril 2017, 54% des actionnaires avaient rejeté le rapport consultatif sur les rémunérations portant sur l’année 2016, un événement rare en Suisse. Rebelote ce printemps: en avril, la société de conseil aux actionnaires ISS s’est à nouveau opposée au rapport sur les rémunérations de GAM. Cette année, c’est le bonus de bienvenue accordé au nouveau responsable distribution et opérations, Tim Rainsford, chiffré à 5,5 millions de francs, qui a conduit ISS à recommander aux actionnaires de rejeter le rapport de rémunération lors du vote consultatif. GAM avait alors justifié ce bonus de bienvenue, présenté comme un «paiement supplémentaire», comme étant une compensation pour le manque à gagner, notamment les primes liées à des actions à long terme, de Tim Rainsford lorsqu’il a quitté son ancien employeur Man Group.

3. Un conseil d’administration doté d’un faible soutien

Les pressions exercées – avec un certain succès - par l’investisseur activiste Rudolf Bohli, à la tête du hedge funds RBR, à l’encontre de GAM en 2017 ont montré que le conseil d’administration n’a pas toujours eu l’appui complet des actionnaires de la société. Au printemps de l’an dernier, il a suffi que l’investisseur activiste alémanique exige - outre le refus du rapport de rémunération - aussi le départ du directeur de GAM et le remplacement de trois membres du conseil d’administration de la société pour que Hans de Gier, son président de longue date, renonce quelques jours plus tard à briguer un nouveau mandat à la tête de GAM. Si RBR n’a pas réussi à placer ses pions à la tête de GAM, le fonds activiste a néanmoins réussi à entraîner certains changements. 

4. La liquidité des fonds Absolute Return Bond (ARBF) en question

L’annonce, vendredi dernier, de la liquidation des neuf fonds liés à la stratégie «Absolute return bond» - une opération qui, selon GAM, doit permettre aux investisseurs actuels de récupérer leur mise plus rapidement – a soulevé des questions quant à la liquidité des placements effectués dans le cadre de cette stratégie. Dans un commentaire publié sur Allnews.ch début août, Murray Gunn, analyste senior chez Elliott Wave International, soulignait la particularité de la stratégie de ces fonds d'obligations à rendement absolu non contraint, permettant au gestionnaire d’investir dans tout ce qui est lié aux obligations et qui produit du rendement. L’analyste estimait que les problèmes rencontrés par le fonds – l’illiquidité des produits liés au crédit - n’étaient pas sans rappeler ceux rencontrés en 2007 par deux fonds de la banque Bear Stearn, disparue une année plus tard. 

Preuve que l’inquiétude n’a pas disparu chez les investisseurs, plusieurs banques et courtiers ont abaissé ces derniers jours leurs objectifs de cours sur l’action GAM à des niveaux proches du cours actuel du titre, soit à 9,30 francs (Baader Helvea), à 8,9 francs (UBS) et à 8,8 francs (Vontobel).