Dette des émergents: investir avec un optimisme prudent

Ricardo Adrogué, Barings

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Des risques subsistent mais certains facteurs défavorables sont maintenant devenus des facteurs favorables.


©Keystone

Faits marquants 

Les devises fortes ont commencé en force: Le premier trimestre de 2019 a offert aux investisseurs de solides rendements sur l'ensemble des catégories d'actifs de la dette des marchés émergents (EMD). Les obligations souveraines en monnaies fortes émises par les marchés émergents ont réalisé les meilleurs rendements (+7,0% pour les obligations souveraines des marchés émergents et +5,2% pour les obligations d'entreprises des marchés émergents), les taux du Trésor américain ayant gagné 27 points de base depuis le début de l'année en raison de la politique plus accommodante de la Fed, atteignant les niveaux de décembre 2017. Les obligations en monnaie locales des marchés émergents se sont redressées (+2,9%) grâce à la baisse du taux d'inflation, à la croissance lente et aux banques centrales accommodantes. Les devises des marchés émergents ont connu un raffermissement au début de l'année, mais elles se sont repliées en mars à la suite d'événements particuliers en Argentine et en Turquie, ainsi que de prévisions de croissance plus faibles pour l'Europe. Les négociations commerciales entre les États-Unis et la Chine ont dominées l'actualité, mais il semble qu'il y ait toujours de grandes divergences entre les deux acteurs.

La proposition du président Bolsanaro de réformer le régime des retraites
au Brésil a provoqué des remous politiques.

Une volatilité influencée par les élections: Les événements géopolitiques et les élections dans les pays émergents ont entraîné une certaine volatilité, la situation politique et humanitaire au Venezuela ayant continué de se détériorer. La Turquie, l'Ukraine et El Salvador ont tenu des élections, et l'Afrique du Sud, l'Indonésie et Israël en tiendront quant à eux prochainement. La proposition ambitieuse du président Bolsanaro de réformer le régime des retraites au Brésil a provoqué des remous politiques, et elle est confrontée à un long processus législatif.

Assouplissement des conditions monétaires: Au cours du trimestre, la Réserve fédérale américaine a maintenu les taux d'intérêt en attente et n'a pas indiqué qu'elle était pressée de les faire remonter (les maintenant entre 2,25 et 2,5%), ce qui constitue un avertissement que la croissance économique a peut-être ralenti depuis son solide taux du quatrième trimestre. La Chine a également pris des mesures pour assouplir les conditions monétaires afin de stimuler la croissance, dont nous avons parlé dans notre récent article intitulé «L'effet de la politique monétaire sur la dette des marchés émergents». Les prix des matières premières ont fortement augmenté au cours du premier trimestre, avec une hausse de 27 % pour le Brent brut et de 8% pour l'indice CRB des matières premières.

Les évaluations de la dette des marchés
émergents sont fondamentalement relativement attrayantes.
Perspectives

Dans l'ensemble, nous estimons que les évaluations de la dette des marchés émergents sont fondamentalement relativement attrayantes. D'une manière générale, les marchés émergents se portent bien pendant les périodes accommodantes des banques centrales et de croissance économique positive. Toutefois, des risques persistent quant aux négociations commerciales en cours entre les États-Unis et la Chine, aux mouvements des taux d'intérêt, aux élections locales et aux fluctuations monétaires.

Où nous voyons des opportunités: Nous restons optimistes sur la dette des marchés émergents dans son ensemble et nous estimons que les obligations en devises fortes sont les plus attrayantes dans le contexte actuel, grâce à la baisse anticipée des taux et à une croissance économique saine. Les taux locaux demeurent attrayants, à notre avis ; toutefois, les investisseurs doivent rester prudents, surtout en ce qui concerne les devises qui ne disposent pas de facteurs favorables à une appréciation potentielle. 

Demeurer attentif aux principaux risques: Pour le reste de l'année, les principaux risques demeurent liés à la politique commerciale des États-Unis et à son impact potentiel sur le commerce mondial, d'autant plus que le déficit commercial entre les États-Unis et la Chine continue de se creuser. Les investisseurs doivent faire preuve de discernement dans le choix des devises, compte tenu de la pratique des pays émergents d'utiliser leurs monnaies comme amortisseurs de chocs, ainsi que comme moyen de rendre leurs exportations plus compétitives sur le marché mondial pour stimuler l'activité économique. 

La sélectivité reste essentielle: Il y a beaucoup de raisons d'être optimiste au vu de la situation actuelle des marchés émergents qui s'est nettement améliorée depuis 2018. Une sélection minutieuse des titres, une gestion active et une réduction des risques demeurent primordiales.

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