Des villes (suffisamment) intelligentes

Salima Barragan

3 minutes de lecture

Partie 3. D’après UBS, le marché de la mobilité urbaine pèsera 400 milliards de dollars d’ici 2025.

Dans une série en trois parties consacrées aux «smart cities», une expression qui serait sortie pour la première fois de la bouche de Bill Clinton en 2005, Allnews s’intéresse en cette dernière partie aux opportunités d’investissement du marché de la nouvelle mobilité - électrique et automatique - qui, selon UBS, augmentera de 8 à 9 fois d’ici six ans.

Miser sur la dette

Les smart cities investissent dans des services compétitifs, pour, en fin de compte, attirer multinationales et contribuables fortunés. Et en obtenir un bon retour sur investissement… Pour ce faire, elles devront créer les synergies optimales entre émissions de dette municipale et financements privés, aiguillées par des Think thank urbains experts des options de financement disponibles. De leur côté, les investisseurs avisés s’intéresseront aux émissions des villes dotées d’une vision globale.

La Banque européenne d’investissement planche sur plusieurs projets
visant à soutenir les investissements des villes intelligentes régionales.

Du côté de la dette supranationale, certains programmes, comme «Stratégie 2020 de l'UE» de la Banque européenne d’investissement (BEI), comprennent plusieurs projets visant à soutenir les investissements des villes intelligentes régionales. Avec l’European Investment Advisory Hub, la BEI étudie la possibilité de créer une plate-forme d'investissement dédiée par le biais du Fonds européen d'investissement stratégique (FESI). 

Internet of Things

Selon l’IDC (International Data Corporation), le gros des dépenses sera attribué aux réseaux et aux capteurs. A titre d’exemple, Barcelone, (que nous avions évoquée en première partie), a créé un nouvel actif dédié à partir des 500 kilomètres de câbles de fibre optique dont elle disposait, en y greffant des capteurs. A Atlanta, AT&T intègre des capteurs aux lampes LED publiques pour mesurer la qualité de l’air et à Singapour, Dassault s’occupe de la simulation de tous les flux IoT. La rentabilité des sociétés productrices n’est cependant pas nécessairement assurée car, le prix des sensors n’étant pas très élevé, de très grandes quantités devront être écoulées pour générer des marges importantes. «La société autrichienne AMS et ses composants de reconnaissance faciale ont par exemple bénéficié de commandes d’Apple pour ses iPhones, qui représentent des volumes conséquents», explique François Meunier, portfolio manager Global Equity chez Lombard Odier Investment Managers. Mais la problématique de la confidentialité des données peut aussi impacter les cours boursiers. La société chinoise Hikvision l’illustre. Leader mondial dans les caméras de reconnaissance, son parcours en bourse a été chaotique en raison de rumeurs (démenties) sur la sécurité des données.

Révolution de l’industrie automobile?

Le pic des ventes des voitures traditionnelles serait vraisemblablement atteint, selon UBS, en 2027. La voiture électrique deviendra-t-elle la norme du futur? 

L'Agence internationale de l'énergie, estime que la part des véhicules électriques en circulation atteindra 13% d'ici 2030 alors que de son côté, UBS prévoit que 25% des nouveaux véhicules vendus seront électriques (dont 10% sur batteries électriques et 90% d’hybrides ou à recharger à des bornes). Certaines villes ont déjà lancé des projets pilotes comme la ville de Colombus, dans l’Ohio, qui a mis à disposition des agents de police une centaine de véhicules électriques et des e-bikes.

Les prix des véhicules électriques
sont jugés trop élevés au regard de leur faible autonomie.

A contrario, Invesco se montre moins optimiste dans une étude qui souligne une série de problèmes à résoudre. Par exemple, la production de cobalt, un minerai utilisé dans la composition des batteries, serait insuffisante. Les prix des véhicules électriques sont jugés trop élevés au regard de leur faible autonomie de 300 kilomètres. Enfin, les «city grid» seraient en l’état incapables de fournir la puissance nécessaire aux rechargements simultanés de masse. Notons enfin que les normes réglementaires et les systèmes de recyclage des batteries sont inexistants.

Malgré ces lacunes, les constructeurs allemands BMW, Audi et WV planchent sur la conception de modèles plus compétitifs que ceux de Tesla, le constructeur élitiste, qui sera probablement bientôt détrôné par la concurrence. Pour l’heure, les modèles hybrides se profilent comme la meilleure alternative.

Flottes automobiles partagées et conduite autonome

Le marché mondial de la mobilité partagée, (évalué à 36 milliards de dollars), devrait se multiplier par huit d’ici 2030 pour en atteindre 285 milliards, selon Goldman Sachs. Une aubaine pour la gestion des flottes? «Le changement d’habitude des consommateurs est très clair notamment dans les grandes villes européennes où les ventes de véhicules ont diminué pour réduire les coûts fixes. Mais il est difficile d’être rentable sur ce secteur», relève Antonio Garufi, gestionnaire de portefeuilles chez Decalia Asset Management. D’ailleurs, pour l’instant «Il n’y a pas de pure player. Certains vendeurs de voitures classiques, ou des spécialistes comme AMAG ou encore Europcar pour la partie touristique, proposent ces services», ajoute-il.

La norme 5G deviendra incontournable
pour le développement de la conduite autonome.

Quant aux systèmes de conduite autonome, qui combinent puces, capteurs et caméras aux calculateurs nécessaires à la navigation, ou en sommes-nous? «Grâce aux caméras et à leur système d’apprentissage-machine, les puces de Nvidia apprennent à naviguer dans l’environnement», note François Meunier. En 2015, Audi, BMW et Daimler avaient acheté conjointement Nokia HERE, dans le créneau de la cartographie numérique. De même, Intel a acquis Mobileye, (ancien fournisseur des puces de Tesla pour la conduite autonome) spécialisé dans les algorithmes de caméra et les systèmes de cartographie.

Cisco est présent sur le segment de la transmission d’information par Internet depuis les années 90, et la norme 5G deviendra incontournable pour le développement de la conduite autonome. «Mais dans le domaine des infrastructure de réseaux 5G, les leaders sont Nokia, Ericsson et la société chinoise Huawei», estime François Meunier. En 2016, le Japon a testé des véhicules autonomes sur de courtes distances et la technologie G5 accélérera la transition. Mais auparavant, comme le souligne Antonio Garufi, un réseau efficient ainsi qu’un cadre réglementaire approprié – notamment concernant les accidents -, seront un prérequis. Une affaire à suivre…

Troisième et dernier volet de la série «Des villes (suffisamment) intelligentes».
Lire le premier volet en cliquant ici.
Lire le deuxième volet en cliquant ici.