Comment le e-commerce affecte l’économie romande

Salima Barragan

2 minutes de lecture

Pour Jean-Pascal Baechler de la BCV, les achats en ligne n'affectent pas tous les cantons à l'identique.


©Keystone

La 12e étude sur le PIB romand des six banques cantonales romandes en collaboration avec l’Institut CREA de la faculté des HEC de l’Université de Lausanne, explique comment le e-commerce affecte l’économie romande. Selon le coordinateur du projet, Jean-Pascal Baechler, responsable de l’observatoire BCV de l’économie vaudoise, tous les cantons ne sont pas affectés de la même façon par ce nouveau mode de consommation. Aussi, les centres villes sont plus touchés que les périphéries par les pertes d’emploi.

Le tourisme d’achat a aussi évolué avec le développement
des vols à bas coût et des courts séjours en Europe.

Pour 2019 et 2020, l’étude anticipe un ralentissement de la croissance économique romande dû à l’affaiblissement de l’économie mondiale. D’ailleurs, si ce fléchissement attendu est plus marqué en Romandie que sur le reste de la Suisse, c’est parce que l’économie romande est plus tournée vers l’extérieur que l’économie suisse dans son ensemble. L’affaiblissement de la croissance de la zone euro, reflétée dans le cours de l’euro, représente bien l’évolution de l’économie romande. «Depuis 2007-2008, l’euro a perdu 30% de sa valeur, ce qui a renforcé le tourisme d’achat et eu un impact sur le commerce romand», explique Jean-Pascal Baechler. Le tourisme d’achat a aussi évolué avec le développement des vols à bas coût et des courts séjours en Europe, qui constituent aussi des occasions de faire du shopping.

2008: le tournant du commerce du détail et du tourisme d’achat

Un autre concurrent a fait son apparition il y a environ 25 ans: le commerce en ligne. En un quart de siècle, les achats en ligne sont passés de zéro à près de 10 milliards en Suisse. «Au début cette croissance s’est notamment faite au détriment de la vente par correspondance traditionnelle, qui s’est elle-même très vite convertie aux ventes en ligne. Actuellement, on observe une croissance surproportionnelle des boutiques en ligne étrangères», précise Jean-Pascal Baechler. Selon les résultats de l’étude, 20% des achats des Suisses ou des Romands sont effectués en ligne (environ un dixième) ou à l’étranger (également un dixième).  

Dans le domaine non alimentaire,
les prix ont baissé de 13% entre 2008 et 2018.

Les achats en ligne alimentaires (part des achats en ligne : 2,5%) sont moins concernés par le développement du commerce électronique que ceux non-alimentaires (16%). D’autres différences s’observent dans ces deux catégories de produits, notamment dans l’évolution des prix. Dans le domaine non alimentaire, principalement des biens importés, les prix ont baissé de 13% entre 2008 et 2018, sous l’influence notamment de l’électronique grand public (-50%).

Des cantons affectés différemment 

Le changement du comportement des consommateurs se traduit par un recul du chiffre d’affaire global de 7,7% en dix ans, avec de fortes disparités cantonales. Alors que les cantons de Fribourg (-1,5%), Genève (-3%) et le Valais (-5,3%) ont été moins touchés, le Jura (-9,1%), Neuchâtel (-14,0%) et Vaud (-12,1%) ont le plus ressenti les effets de cette évolution, en grande partie par des tendances démographiques plus faibles. Genève s’en sort bien malgré sa proximité géographique avec la France voisine, le recul des achats étant en partie compensé par celles des frontaliers et des pendulaires.

Les pertes d’emplois dans le commerce de détail ont été plus importantes sur le Jura et Vaud. De plus, globalement, c’est dans les centres villes qu’elles ont été les plus marqués vis-à-vis des périphéries, qui ont bénéficié du développement de centres commerciaux et de grandes surfaces spécialisées. 

La tendance du e-commerce va perdurer, car comme le souligne l’économiste «le commerce en ligne est rentré dans les mœurs». Les enseignes du commerce «stationnaire» ont commencé à s’adapter, en ligne ou dans leurs magasins, mais leur défi est de taille et les évolutions ne sont pas encore terminées.

Lire également
Commerce romand: le défi des achats en ligne