USA: plus forte chute des ventes de détail en 10 ans

AWP

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L’indice des ventes des détaillants et restaurants s’est établi à 505,8 milliards de dollars en décembre, soit 1,2% de moins qu’en novembre. Shutdown en causse.

Les ventes de détail aux Etats-Unis ont enregistré leur plus forte chute mensuelle depuis presque dix ans avec un repli de 1,2% en décembre comparé à novembre, notamment à cause du shutdown de l’administration américaine.

Selon les données corrigées des variations saisonnières du département du Commerce publiées jeudi, l’indice des ventes des détaillants et restaurants s’est établi à 505,8 milliards de dollars, soit 1,2% de moins qu’en novembre mais supérieur de 2,3% à ce qu’il était un an plus tôt. C’est sa plus forte chute mensuelle depuis septembre 2009.

Ces chiffres ont déçu les analystes, qui espéraient en décembre un léger progrès de 0,2% pour cet indicateur qui reflète en partie l’allant de la consommation aux Etats-Unis.

Ce recul inattendu s’explique notamment par l’impact du shutdown» lorsque, à partir du 22 décembre et pour plus d’un mois, des centaines de milliers de fonctionnaires ont été mis au chômage forcé à cause d’un bras de fer budgétaire entre la Maison Blanche et les démocrates au Congrès. Durant cette période, les fonctionnaires n’ont pas été payés.

La chute des prix de l’essence, avec un repli de 5,1% des ventes des stations-services, explique également cette mauvaise performance. Sans les ventes d’essence, l’indice des ventes au détail réduit sa chute à -0,9%.

Hormis les ventes automobiles qui se sont bien comportées (+1%), tous les autres secteurs sont cependant en baisse, avec en tête les ventes d’articles de loisirs (-4,9%). Les ventes d’ameublement (-1,3%), d’habillement (-0,7%), d’alimentation (-0,2%) sont toutes dans le rouge, même les dépenses de santé (-2%).

Rare occurrence, les ventes des distributeurs en ligne aussi ont reculé (-3,9%), leur plus fort repli depuis 11 ans.

Les ventes au détail donnent une première idée de l’évolution des dépenses de consommation des ménages, moteur traditionnel de la croissance américaine, mais les Américains dépensent davantage dans les services.

«Ce chiffre a attiré mon attention», a noté Lael Brainard, gouverneur à la Fed, interrogée sur CNBC. Elle a souligné que «les risques à la baisse» avaient augmenté pour l’économie américaine même si les données du marché du travail restaient bonnes.

Ce chiffre des ventes de détail, publié en retard à cause du shutdown, laisse présager en effet une croissance du Produit intérieur Brut (PIB) plus faible pour le 4e trimestre 2018. Cet indicateur sera publié le 28 février.

Selon Michael Pearce, économiste pour Capital Economics, «le plongeon des ventes au détail signifie que la croissance au 4e trimestre a probablement été proche de 2,5% plutôt que les 3,1% que nous prévoyions».

«Cela suggère que l’économie a entamé 2019 avec moins d’énergie que nous le pensions. Cela ne veut pas dire cependant que l’économie est en train de tomber en récession», a-t-il ajouté.

Pour les économistes d’Oxford Economics, la faiblesse «déconcertante» des ventes au détail a sans doute à voir «avec les turbulences sur les marchés financiers et les incertitudes autour de la fermeture du gouvernement» intervenues autour de Noël, temps fort de l’année pour les détaillants.

Du côté de l’inflation, l’indice des prix à la production pour janvier publié jeudi également a montré un autre signe de faiblesse en reculant de -0,1%, à cause des prix énergétiques. Les analystes s’attendaient à une avancée d’autant.

Les prix de gros ont décéléré à +2% sur douze mois comparé à +2,5% le mois précédent.

Cet affaiblissement de la consommation et de l’évolution des prix va dans le sens de la démarche de la Banque centrale américaine, qui a décidé fin janvier de faire une pause dans ses hausses de taux d’intérêt après quatre relèvements l’an dernier.