Travail, la soif de liberté

Prix Turgot 2017

3 minutes de lecture

 Denis Pennel, Editions Eyrolles.

L’auteur est directeur Général de la World Employment Confederation.

 

L'avis du Club de présélection du prix Turgot
Jean-Louis Chambon Déjà à la une dans ce contexte de transformation des lois et des codes (loi travail), le thème du «travail» (sa valeur, ses évolutions, son avenir) apparaît comme l’un des marqueurs probables des parutions économiques et sociales de l’année 2017. C’est dans cette ligne que s’inscrit le nouvel ouvrage de l’éminent spécialiste Denis Pennel, auteur et conférencier largement reconnu par ses pairs, dans lequel il propose des éléments de réponses pour faire face à cette mutation du travail qui est aussi celle d’une longue marche vers plus de liberté. 
Le travail est en effet entré dans un nouvel âge, déstabilisant le mythe du plein emploi pour s’ouvrir résolument dans le «plein travail». Car c’est aujourd’hui, en dehors du salariat, que s’inventent les nouvelles manières d’exercer son activité professionnelle : auto-entrepreneurs, indépendants de toutes sortes, abritent leur émergence sous des néologismes anglophiles divers (co-workers, start-uppers…). 
Leur point commun est de traduire de nouvelles aspirations des nouvelles races de travailleurs visant à plus d’autonomie, moins d’autorité et ceci particulièrement chez les jeunes générations. Démocratiser le monde du travail, le libérer de ses entraves pour le rendre accessible à la multitude est devenu une actualité brûlante ; comme par un retour paradoxal de l’histoire sociale le salariat, combattu à son origine par les marxistes et autres syndicalistes doctrinaires qui s’est progressivement enfermé dans une relation standardisée de l’organisation fordiste de l’emploi a finalement trouvé chez eux ses meilleurs défenseurs (code du travail, etc….). Le mythe du CDI protecteur persiste « … moins pour la stabilité qu’il procure que par l’accès au graal de la protection sociale qu’il permet….. ». 
Complexité et rigidité s’additionnent dans un code du travail d’un autre âge, surprotégeant les insiders et constituant autant de barrière à l’entrée pour les jeunes, les chômeurs et les seniors, alors que le travail est devenu protéiforme, collaboratif, agile et autonome.
Au terme d’une analyse particulièrement documentée, l’auteur apporte 25 propositions de réforme qui paraissent pouvoir concilier besoin de sécurité et de liberté pour retrouver du sens plutôt qu’une valeur (sans doute à jamais perdue) sous les coups de butoir des crises économiques et des évolutions sociologiques qui sont autant de tsunami. 
Le travail étouffe dans un cadre aujourd’hui devenu obsolète, il se doit de briser ses chaînes à travers une nouvelle démocratisation de l’Entreprise. 
Si le travail est émancipateur, la vraie question reste de savoir si l’emploi l’est encore. Pour l’auteur il faut libérer le travail de l’emploi et permettre aux individus de redevenir acteur et sujet de leur travail. Le défi qui est devant nous est une forme de réconciliation des contraires, ni salariat ni précariat, mais liberté et sécurité, indépendance et stabilité, collaboration et protection. C’est ce concept de «libertariat» que préconise Denis Pennel comme le chemin nouveau pour répondre à cette profonde aspiration qui, sur bien des points, apparaît comme une véritable révolution du travail. Des clés pour comprendre cette soif de liberté au sein du monde du travail.
Philippe Alezard En cette période de confusion et de populisme, Thierry Philipponnat, s’interroge sur l’allocation de ces énormes masses de liquidités qui sont injectées par les banques centrales. Depuis 2000, les créations monétaires de la FED et de la BCE ont été multipliées respectivement par 6 et par 4. A ces croissances de bilan de 500% et 300% correspondent des croissances de PIB de 42% pour les USA et 24% pour l’Europe. 
Dès lors une question semble évidente. Comment se fait-il qu’une telle quantité de capital monétaire ne crée que si peu de capital productif ? et son corollaire, le système financier, courroie de transmission entre le capital et l’économie aurait-il des fuites ou créerait-il des détournements ? 
En 2014, le bilan des banques commerciales européennes consistait pour un peu moins de 12%, soit 6 000 Mds d’euros, à prêter de l’argent aux entreprises non financières. Dans le même temps, en regard de ces 6 000 mds d’Euros, le marché mondial des produits dérivés représentait 700 000 mds de Dollars !! Or seulement 7% des transactions de produits dérivés sont conclues entre les entreprises financières et les entreprises non financières, donc pour couvrir des risques, de crédits, de change de l’économie productive. En une vingtaine d’année l’activité de gestion de risque (produits dérivés), censée servir l’investissement productif et devenue une activité principale de la finance permettant d’intervenir sur la variation des risques résiduels ou seconds des marchés. La théorie quantitative de la monnaie, développée par Irwin Fisher au début du XXIPèmeP siècle, MV = PT, qui relie la vitesse (V) de circulation de la monnaie (M) à la production économique, produit des prix (P) et du nombre de transactions (T), suppose que le capital monétaire transformé en capital financier par l’épargne et la consommation se retrouve dans le capital productif. Il est patent que ce n’est plus le cas. Mais à côté du crédit, le capital est aussi investissement. Et il a un rôle clé à jouer dans la réduction des inégalités, dans l’évitement fiscal et dans le non-respect de l’écologie. Sur ces trois sujets, le capital est la force la plus puissante pour orienter les entreprises dans la direction d’une prise en compte d’un intérêt sociétal bénéfique à l’économie. Allouer à l’économie, le capital a, par construction, une dimension humaine. L’auteur aborde en fin d’ouvrage ces investissements responsables capable on l’espère de réconcilier la France avec le capital. 

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