Quand les statistiques minent la finance et la société

Présélection prix Turgot 2018

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Sylvestre Frézal, Editions L’Harmattan.

X, Ensae, Actuaire, a fondé et dirigé la chaire de recherches «Programme sur l’appréhension des risques et des incertitudes» (Ensae Paristech et Sciences Po).

L'avis du Club de présélection du prix Turgot
Jean-Louis Chambon

Il est possible de s’extraire des dogmes de sa formation initiale, fusse-t-elle réputée supérieure dès lors qu’on s’est frotté à la dure réalité professionnelle et que l’humilité ait pu permettre de tirer les leçons de son expérience.

C’est assez rare pour être souligné.

C’est ce que démontre l’auteur (encore jeune chercheur près du réseau Louis Bachelier et de Sciences Po) à travers la publication de ce nouvel ouvrage.

Il aurait aussi pu choisir comme titre: «de l’art de décider dans l’incertitude». Il rappelle en effet: «…face à l’incertitude, les outils statistiques sont comme l’alcool: ils donnent du cœur au ventre, aident à prendre une décision et permettent ensuite de se justifier si la situation tourne mal. Mais comme l’alcool, ils biaisent notre perception de l’environnement, dégradent la qualité de la prise de décision et déresponsabilisent…»

Les statistiques minent ainsi la finance et la société: «…les outils de quantification des risques sont issus de la transposition illégitime et mal maîtrisée des concepts statistiques depuis un champ où ils avaient du sens vers un domaine où ils n’en n’ont pas…».

Ainsi l’auteur détaille plusieurs cas d’école, montrant comment l’économie et la finance se fourvoient en expliquant au passage pourquoi la société est incapable d’appréhender le risque.

Enfin son autre grand mérite est de proposer une grille de lecture permettant d’identifier les limites de ses outils et de proposer lorsqu’ils s’avèrent plus du tout efficaces, une attitude et une méthode alternative pour la gestion des risques et la prise de décision en incertain.

Une méthode qui suppose l’acceptation de l’ignorance comme «….l’essence même de la décision dans l’incertain…» et de la subjectivité du décideur qui ne saurait s’exonérer de sa responsabilité en délégant à un expert ou en se fondant sur des statistiques.

Décider c’est choisir et in fine.