Psychanalyse des organisations

Présélection prix Turgot 2018

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Gilles Arnaud, Pascal Fugier, Bénédicte Vidaillet, Editions Erès.

G.Arnaud est professeur de psychologie des organisations à l’ESCP. P.Frugier est maitre de conférences en sciences de l’éducation à l’université de Cergy et B.Vidaillet est professeur à l’université de Créteil.

L'avis du Club de présélection du prix Turgot
Jean-Jacques Pluchart

Cet ouvrage original et ambitieux analyse les apports aux sciences des organisations (entreprises, administrations, associations…), de la psychanalyse et de ses multiples dérivés (psychosociologie, socioanalyse, sociologie clinique, socio-psychanalyse, psychodynamique du travail…). Les auteurs revisitent les concepts analytiques (inconscient, refoulement, topique, pulsion, angoisse, désir…) et les thématiques psychosociologiques (subjectivation, construction du lien social, changement organisationnel, souffrance au travail, développement personnel…). Ces disciplines portent «sur ce qui manque à l’organisation» (Lacan) et sont encore largement méconnues bien que leur maîtrise soit de plus en plus exigée pour gérer les organisations du XXIe siècle. Ces théories ont été engendrées par de multiples «sociétés savantes» dont l’ouvrage retrace l’historique et présente les travaux. Les auteurs commentent ainsi les textes fondateurs et les expériences significatives qui marquent ces divers champs. Leurs réflexions sont étayées par un vaste état de l’art et par de nombreux cas cliniques.

Après avoir rappelé l’approche freudienne originelle des groupes et des foules, les auteurs explorent les premières visions psychanalytiques des groupes et des institutions (Anzieu, Amado) et déchiffrent la lecture des organisations proposée par Lacan (basée sur les notions de désir et de subjectivation). Ils présentent ensuite les fondements de la socioanalyse (Tavistock Institute, Bion, Jaques) et la psychosociologie (le leadership selon Zalevski, les pathologies organisationnelles selon Kets de Vries). Une autre partie du livre est consacrée à l’analyse dialectique (le coût de l’excellence selon Aubert et de Gaulejac) et à la psychanalyse d’orientation psychanalytique (Pagès, Enriquez). Les auteurs abordent ensuite la sociologie clinique qui analyse les processus sociaux et psychiques (notamment la souffrance au travail) dans lesquels sont engagés les acteurs des organisations (de Gaulejac, Roche), ainsi que les approches cliniques en sciences sociales (Barus-Michel, Giust-Desprairies). Ces champs sont balisés par les travaux du Laboratoire de Changement Social de l’université Paris 7, qui critiquent notamment les théories standard (qualifiées de «management de l’âme») sur le développement personnel. Les auteurs s’intéressent également à la psychosociologie clinique (initiée par Lagache), qui observe les processus organisationnels et leurs enjeux inconscients. L’ouvrage présente enfin les fondamentaux de la psychodynamique du travail («la souffrance en France», selon Dejours), qui porte sur la santé mentale de l’homme au travail et sur la transformation nécessaire de la coordination en coopération au sein de «collectifs de travail».

Le lancement de l’ouvrage – dont la lecture s’impose à tous les acteurs sociaux du XXIe siècle – a donné lieu à un colloque organisé le 25 mai 2018 par l’ESCP, qui a réuni les auteurs du livre et les principaux chercheurs français qui y sont mentionnés.