Le mythe de la «théorie du ruissellement»

Présélection prix Turgot 2018

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Parienty Arnaud, Editions La Découverte.

L'auteur, Arnaud Parienty, est dipômé de Science Po PARIS, et professeur agrégé de sciences économiques.

L'avis du Club de présélection du prix Turgot
Jean-François Evano

Ce recueil modeste fait le tour de quelques supports théoriques des politiques d’allègement fiscaux sur le revenu et la fortune, à l’occasion de leur mise en œuvre par le gouvernement MACRON/PHILIPPE. Elles s’inspirent à l’évidence du «trickle down effect»,  c’est à dire de la théorie du ruissellement, selon les déclarations en 1981 du directeur du budget de Ronald REAGAN. Arnaud Parienty en cherche à la fois les fondements théoriques et passe au crible les déclarations publiques relevant de ce principe, même celles qui en réfutent quelquefois le vocable.

En se penchant sur le précepte de «trop d’impôt tue l’impôt», l’économiste LAFFER a exhibé en 1974 une courbe censée figurer un comportement optimal du taux d’imposition au-delà duquel les rentrées fiscales seraient moindre. A cause du découragement à produire ou à investir en plus. Même si ce raisonnement a priori du sens, cette courbe n’a aucun fondement de loi statistique bâtie à partir d’études économétriques sur des  données historiques. Et donc pas de coefficients de variation à appliquer ou à valider.

Ce «ruissellement» ne peut avoir lieu que si les allègements génèrent de la croissance, et donc que cette croissance profite à son tour à l’investissement, à l’emploi, aux salaires et aux augmentations de revenus ainsi générées. Or, un allègement aux plus riches va d’abord profiter à l’épargne plutôt qu’à la consommation, puisque les riches épargnent en moyenne la moitié de leurs revenus, alors que les autres n’en épargnent que 10%. Si la consommation va diminuer, donc diminuer la demande, cette épargne va-t-elle favoriser l’investissement  Cela dépend de la situation du pays où cela se produit, c’est à dire des taux d’intérêt, du volume de la demande, et des opportunités de rentabilité après impôt, sur le plan mondial. Sans oublier que les investissements peuvent servir à installer des innovations et des modernisations qui vont réduire et l’emploi et les masses salariales affectées à de nouvelles unités de production. Ce qui est certain, c’est que ces allègements ont accroître les inégalités. Et augmenter le manque de confiance chez les électeurs, voire alimenter le populisme. Pour les études récentes de l’OCDE et du FMI, ces inégalités vont en moyenne freiner la croissance, avec des variations selon les pays. Or, déjà à l’époque, aux Etats-Unis entre 1987 et 2007 , il n’y a pas eu de relation claire entre baisse du taux marginal d’imposition et augmentation de la croissance, et après 1973, la croissance de la productivité a été entièrement captée par le capital.  De fait la réforme REAGAN précitée n’avait pas fait fonctionner les rentrées du prétendu ruissellement, puisque, pour combler le trou budgétaire, il a fallu augmenter les taxes à la consommation et réduire les dépenses de Sécurité Sociale.

L’auteur est clair dans ses propos et sa conclusion, niant à cette théorie toute universalité. La lecture de l’ouvrage aurait été facilitée sans des digressions de type Sciences Po dans l’argumentation.