La malédiction des comptes extérieurs de la France

Présélection prix Turgot 2018

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Jean-Pierre Estival, Editions L’Harmattan.

X, Ensae, Actuaire, a fondé et dirigé la chaire de recherches «Programme sur l’appréhension des risques et des incertitudes» (Ensae Paristech et Sciences Po).

L'avis du Club de présélection du prix Turgot
Denis Mohlo

Voici un ouvrage solide, bien structuré, pragmatique et fortement critique de l’action des institutions, des représentants des pouvoirs publics, des groupes d’influence et des organes patronaux ou salariaux, intervenant dans la vie économique de la France. Le constat est sans appel; la France est en voie de désindustrialisation depuis une vingtaine d’années. Les chiffres sont acccablants avec une part de l’industrie dans le PIB chutant de 20 à 12% sur la période. La résultante en est un déficit persistant et croissant du commerce extérieur qui reflète l’incapacité de l’appareil productif à absorber des variations de la demande et la relative inefficacité des politiques monétaires accommodantes censées stimuler un appareil productif peu compétitif, rétrécissant comme une peau de chagrin et débouchant, en fait, sur un accroissement spectaculaire des importations. Comment en sommes-nous arrivés là? Pour l’auteur, à côté de la performance de quelques grands groupes industriels, la cause réside dans le déficit de compétitivité de nombre d’ETI et PME, déficit de compétitivité coûts et déficit de compétitivité hors coûts, le rapport qualité-prix de nos produits industriels étant souvent insuffisant. Certaines illusions telles que le remplacement total de l’industrie par les services ou le sauvetage par le tout numérique sont balayées ; L’industrie  allemande s’est maintenue par la modernisation de son industrie traditionnelle, notamment par un effort de robotisation continu et non par une «révolution» numérique. Les exportations de services n’ont jamais réussi à remplacer les pertes d’exportations industrielles. Le déficit du commerce extérieur qui génère un appauvrissement du pays relativement aux autres nations, reflète donc des insuffisances structurelles persistantes. Faire l’autruche ne sert à rien. C’est en regardant la vérité en face que l’on peut espérer commencer à s’engager sur la voie du redressement.

En conclusion, il s’agit d’un très bon bouquin, lucide et incisif sur un déclin économique souvent sous-estimé.