Un rapprochement très commenté

Nicolette de Joncaire

2 minutes de lecture

Semper et Bruellan annonçaient leur fusion hier. Qu’en dit Antoine Spillmann, CEO de Bruellan?

 

Clientèle en diminution, marges affaiblies, concurrence internationale envahissante, la synergie entre gestion patrimoniale et gestion d’actifs fait sens. La fusion de Semper avec Bruellan marque une étape supplémentaire dans l’évolution de la place financière genevoise.

Depuis combien de temps négociez-vous?

J’ai rencontré Grégoire Vaucher au comité de SwissRespect* et nous avons commencé à discuter d’un rapprochement en février. Selon moi, Semper est une société promise à un bel avenir car elle a su engager des gens de valeur de la jeune génération.

Avez-vous étudié d’autres dossiers?

Nous étudions des dossiers non-stop depuis des années. Par le passé, nous avons rencontré beaucoup de problèmes d’ego, de volonté de dominer qui rendaient toute alliance difficile. Avec une valorisation trop importante des affaires, c’est le point d’achoppement de beaucoup d’unions entre gérants indépendants. Il y a également souvent peu de place pour les plus jeunes et le refus d’une gouvernance indépendante.

«Si les clients institutionnels offrent des marges inférieures,
ils restent fidèles lorsque le travail est bien fait.»
Quel est le rationnel derrière cet accord?

Ce qu’une partie de la place financière ne parait pas avoir encore bien perçu est que le nombre de clients privés est en diminution. Prenons un exemple, celui des successions. Lorsqu’un patriarche décède et qu’il a quatre ou cinq enfants, il ne reste pas grand ’chose une fois les impôts de succession réglés et ce «pas grand ’chose» est ensuite divisé entre ses héritiers qui ne laisseront pas nécessairement la gestion de leurs biens au gérant de leurs parents. Si tant est que les montants reçus justifient encore une gestion. Et ces biens ne vont pas croitre car, aujourd’hui, les fortunes se font ailleurs qu’en Europe. Depuis 2011, Bruellan l’a compris et c’est la raison pour laquelle nous nous sommes orientés vers l’asset management car, si les clients institutionnels offrent des marges inférieures, ils restent fidèles lorsque le travail est bien fait. Dans nos métiers, l’investissement se fait sur les talents. Ni sur les équipements, ni sur les logiciels. Ce sont des métiers de personnes et donc elles exigent des coûts importants avec des marges toujours plus faibles. Nous réunir permet de rationnaliser une partie de ces coûts.

Vous parlez toutefois de création d’emplois?

C’est exact, rationnaliser ne signifie par débaucher. Nous cherchons encore quatre ou cinq gérants supplémentaires.

La Suisse se défend-elle mal dans l’asset management?

Oui. Beaucoup de fonds ont fermé ou ont quitté le pays. Nous avons perdu la guerre de la domiciliation des fonds contre le Luxembourg mais la commission étant payée là où le gérant est basé, il nous faut mener celle qui consiste à convaincre les investisseurs – en particulier nos fonds de pension qui sont, soit dit en passant, parmi les plus grands du monde – d’investir auprès des gérants suisses.

«Trop de directions de sociétés financières ont peur de lâcher
et s’enferment dans un système intransmissible.»
La consolidation entre gérants est-elle inévitable?

Sans aucun doute. Il faut à la place financière davantage de grandes maisons de gestion solides. Au moins cinq ou six sociétés de renom pour raviver le principe de la gestion de fortune, indépendante des banques. Il nous faut aussi échapper à la terminologie réductionniste de «tiers-gérants». Nous sommes des wealth managers, des multi-family offices, sans licence bancaire, ni de négoce mais régulés par la même autorité que le reste du marché financier.

Comment est structurée la fusion?

Sur un échange purement privé d’actions, basé sur la valorisation des deux sociétés.

Vous avez finalement choisi le nom de Bruellan?

Le choix du nom est souvent le point de rupture, le deal breaker. Cela n’a pas été le cas. En tant qu’asset manager, Bruellan a beaucoup investi dans la marque pour faire connaitre ses produits, que ce soit dans les lieux proches des clients comme les stations de ski (Cran, Verbier), dans le sponsoring ou dans les événements charitables locaux. C’est aussi une marque plus ancienne puisqu’elle date de 1991. En outre la famille fondatrice, Bruellan, est encore présente au capital.

Pourquoi Grégoire Vauchez sera-t-il le CEO de la nouvelle structure?

Le poste de CEO est essentiel. Il faut laisser la jeune génération reprendre les rênes. Trop de directions de sociétés financières ont peur de lâcher et s’enferment dans un système intransmissible. La pérennité d’une société est dans la transmission de la direction. La gouvernance indépendante va avec. Grégoire a monté une équipe de jeunes talents qui complémente très bien la nôtre. Il doit continuer sur son élan. Jean Paul et moi-même lui apporterons notre expérience.

* SwissRespect est une association créée en 2012 pour la défense des intérêts de la Suisse et de son ordre juridique.