Naissance de SYZ Capital

Nicolette de Joncaire

4 minutes de lecture

«Les marchés privés offrent des rendements supérieurs à leurs équivalents liquides». Entretien avec Marc Syz.

Les investissements sur les marchés privés sont en constante progression, dépassant en 2017 leurs niveaux pré-crise1. Les investisseurs continuent de bénéficier d'un rendement élevé et la dynamique changeante de l'industrie ouvre sans cesse de nouvelles opportunités. Co-fondateur avec Olivier Maurice de SYZ Capital, Marc Syz entend proposer une expertise sur l’Europe et sur l’Asie sur un marché encore difficile d’accès à la plupart des investisseurs.  

La vague des investissements sur les marchés privés correspond-elle à la recherche d’un rendement que les investisseurs peinent à obtenir depuis quelques années? 

Les marchés privés offrent des rendements supérieurs à leurs équivalents liquides car ils sont moins efficients que ces derniers et ne sont pas affectés par la volatilité de marché («marked to market»). Ils offrent donc un meilleur couple rendement/risque. Le private equity a et devrait pouvoir continuer à générer un excédent de performance de 3-4% par an par rapport à un portefeuille actions sur le long terme, et éventuellement davantage en y incluant des stratégies telles que le co-investissement ou des investissements sur le marché secondaire. Cela dit, étant donné les niveaux de valorisation actuels, que ce soit dans les marchés privés ou publics, et vu l’inflation des actifs sous gestion au bout de 10 ans de politiques accommodantes des banques centrales et de taux d’intérêt bas, il est crucial de procéder à une sélection stricte des stratégies et des gérants. 

«Nous avons choisi de laisser le mandat du fonds flexible
afin de chercher les meilleures opportunités à tout moment.»
Le concept que vous présentez s’articule sur deux piliers. Un fonds multi-manager et des investissements directs dans des entreprises non cotées. Comment le fonds sera-t-il structuré et géré? 

La stratégie multi gestion sera structurée dans un fonds luxembourgeois et conseillée par le comité d’investissement de SYZ Capital selon un processus rigoureux de sélection et de due diligence, avec le support de nombreux fournisseurs externes pour les fonctions d’administration, de contrôle de risque, et d’exécution. Nous avons délibérément choisi de laisser le mandat du fonds flexible afin de chercher les meilleures opportunités à tout moment. Notre processus d’investissement «top-down» et «bottom-up» nous permet d’identifier des opportunités attractives dans toutes les phases du cycle économique. En ce moment, nous passons beaucoup de temps sur des stratégies de croissance qui présentent des valorisations raisonnables, telle que les stratégies de type «buy & build» où il est possible de consolider des secteurs fragmentés pour faire émerger un leader de marché. Nous regardons également des stratégies de type «Special Situations» et «Distressed» en Europe, avec des gérants capables de s’exprimer au travers de la structure de capital, ou encore des stratégies actives sur les marchés secondaires. Nous travaillons donc pour être prêts le jour où des signaux de faiblesse sur les marchés se concrétiseront. Comme vous l’aurez compris, notre allocation d’actif offre la liberté d’investir en dette ou en actions, et elle dépend de notre analyse sur la valeur relative ou absolue entre les classes d’actifs, les sous-jacents, et les stratégies d’exécution à disposition.

Vous évoquez un deuxième pilier tourné vers l’investissement direct. De quel type et comment identifierez-vous les opportunités? 

Le deuxième pilier de notre activité se concentre en effet sur des investissements directs dans des sociétés en croissance, où notre contribution en capital contribue à créer de la valeur pour l’entreprise. Il peut s’agir d’investissements de croissance purs, ou d’une combinaison de rachats de parts d’actionnaires existants et d’injection de capital frais. Nous envisageons de faire une ou deux transactions par année dans ce segment, ce qui nous permet d’être très sélectifs et de nous concentrer sur des situations propriétaires, que nous identifions directement au travers de notre relation avec les propriétaires, avec le management existant, ou via notre cercle proche de familles et d’entrepreneurs. Dans cette stratégie, nous envisageons d’investir en equity ou quasi equity (« preferred equity ») avec l’objectif d’aligner au mieux nos intérêts avec le management des sociétés auxquelles nous croyons, et que nous pouvons aider à développer organiquement ou par acquisition. Le montant de nos investissements variera entre 10 et 50 millions d’euros et ciblera des sociétés dont la valeur d’entreprise se situe entre 75 millions et 200 millions d’euros. Dans la plupart des cas, nous serons entourés d’investisseurs qui pourront amener des axes stratégiques particuliers. Dans les cas où nous privilégierions par la suite une syndication, les allocations se feraient en priorité aux clients nous ayant confié des mandats.

«La classe d’actif du private equity deviendra
de plus en plus transparente et accessible.»
Vous parlez de démocratisation du private equity. Qu’entendez-vous par là?

Par le terme de démocratisation du private equity, nous exprimons l’idée que cette classe d’actif deviendra de plus en plus transparente et accessible. Réservée initialement aux grands institutionnels et autres investisseurs professionnels de type family office, l’émergence d’acteurs nouveaux comme SYZ Capital permet d’offrir à de nouveaux investisseurs qualifiés une exposition à cette classe d’actifs de manière diversifiée, sans être obligés de mettre tous ses œufs dans un même panier.

Votre expertise porte sur l’Europe et l’Asie. Sur quels marchés plus particulièrement et pourquoi? Par ailleurs, les entreprises suisses feront-elles partie de votre offre? 

Nous nous concentrons en effet en particulier sur l’Europe et l’Asie car c’est là que, par nos expériences professionnelles passées, nous connaissons le mieux les marchés et les intervenants. J’ai a en effet passé les six dernières années à Hong Kong et nous avons un consultant senior, Thomas Zimmerhackel, basé à Singapour depuis 2013. Le reste de l’équipe a passé la dernière décennie à Londres et en Suisse. La Suisse fera certainement partie de notre offre, mais sans traitement de faveur particulier et seulement si les retours sur investissements sont au rendez-vous. Cela dit, la Suisse regorge de très belles sociétés de taille moyenne avec un savoir-faire reconnu mondialement, par exemple dans l’ingénierie et les machines de précision pour ne citer qu’elles. Avec l’arrivée de la génération d’après-guerre (baby-boomers) en âge de la retraite, le passage de témoin générationnel dans des entreprises familiales, offre de belles opportunités pour des investisseurs à long-terme qui partageraient les mêmes valeurs que nous.

«Nos objectifs sont davantage liés
à la performance qu’à la masse sous gestion.»
Quelle clientèle visez-vous? Pensez-vous pouvoir intéresser les fonds de pension suisses?

Notre clientèle se compose principalement d’entrepreneurs. Cependant, le Groupe SYZ jouit historiquement d’une longue expérience de gestion pour le compte d’investisseurs institutionnels, notamment suisses, qui ont besoin de solutions de type private markets pour compenser les retours décroissants des classes d’actifs traditionnelles. Nous entrons donc naturellement en discussion avec des caisses de pension, des assureurs et autres institutions de prévoyance pour trouver ensemble des solutions adaptées à leurs besoins, à plus forte raison dans un contexte d’allongement de l’espérance de vie et d’une démographie défavorable qui pèse sur leurs finances.

Quelle masse sous gestion pensez-vous gérer dans ce nouveau métier et avec quelle équipe? 

Nos objectifs sont davantage liés à la performance qu’à la masse sous gestion. En effet, si nous générons les retours pour lesquels nous travaillons, la croissance de nos actifs suivra. Cela dit, nous n’avons pas l’ambition de croître trop vite aux dépends de la performance. Pour l’instant, nous avons effectué des investissements oscillant entre 3 millions et 25 millions de francs suisses. Nous avons le temps de construire des bases solides pour notre entreprise, qui comprend à ce jour quatre collaborateurs à temps plein pour la partie investissements, et quatre collaborateurs en joint-venture qui nous apportent leur soutien pour la partie corporate finance dans nos acquisitions directes. Nous nous appuyons également sur les ressources du Groupe SYZ, celles de nos fournisseurs externes (comme évoqué plus haut) ainsi que sur notre propre réseau d’experts et de familles.

 

Lire également:
Le Groupe SYZ lance SYZ Capital