Les stablecoins sont-ils le futur des paiements bancaires?

Salima Barragan

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Perspectives des cryptodevises émises par les banques: l’exemple du Dukascoin. Entretien avec Francesco Adiliberti, CEO du SCX.

En février 2019, Dukascopy Bank lançait le Dukascoin, la première devise crypto émise par une banque suisse. Ces jetons sont émis à l’intention de chaque nouveau client qui en reçoit cinq pour acheter des produits de la banques à prix avantageux ou à financer ses activités de trading. Un programme de fidélité en quelque sorte. Un an après son lancement, comment le jeton coté en Suisse, notamment sur le SCX, a-t-il évolué, et quelles sont les perspectives pour les devises cryptos émises par les banques? Entretien avec le Dr. Francesco Adiliberti, CEO de la Swiss Crypto Exchange (SCX).

Quel bilan tirez-vous du négoce du Dukascoin sur le Swiss Crypto Exchange (SCX)?

Nous avons réussi à intégrer avec succès les jetons sur le SCX et le bilan est très positif. Les volumes ne sont pas encore très importants mais la tendance est positive. Nous nous attendions à ce que les clients vendent leurs dukascoins contre des devises fiat (telles que l’euro ou le dollar US), mais ils les échangent principalement contre d’autres devises crypto. Si tous les investisseurs peuvent acheter des dukascoins par l’intermédiaire du SCX, pour l’instant Dukascopy en reste le plus grand acheteur.

Comme le jeton a-t-il évolué?

Très corrélé avec le Bitcoin, il est volatile mais pas davantage que les autres cryptodevises.

«Il s’agit pour la première fois d’une banque qui émet sa propre
cryptomonnaie comme véhicule de fidélisation des clients.»
Pourquoi une banque émet-elle sa propre monnaie numérique et quelle en est sa finalité?

Ce n’est pas la première fois que nous assistons à l’arrivée d’une monnaie non émise et non régulée par une banque centrale. Diverses entreprises ont émis pour plus de 700 milliards de prepaid gift cards. Mais dans ce cas, il s’agit pour la première fois d’une banque qui émet sa propre cryptomonnaie comme véhicule de fidélisation des clients. Ces derniers peuvent utiliser leurs jetons pour acheter des produits de la banque ou d’autre cryptodevises. Néanmoins, pour l’instant, le Dukascoin n’a pas encore été adopté à l’échelle globale.

Comment voyez-vous l'avenir de ces devises crypto émises par des institutions bancaires privée?

Leur avenir dépendra des avantages que les clients ou les utilisateurs pourront en tirer. Pour les jetons de service ou de paiement donnant simplement accès aux services de la banque à des conditions favorables, je ne suis pas sûr qu'ils aient les caractéristiques nécessaires pour s'étendre ou être adoptés à grande échelle. Après tout, il ne s'agirait que de points de fidélité traduits sur un nouveau support, éventuellement un contrat intelligent en plus d'une chaîne de blocs. 

Et dans le cas de cryptodevises stables?

Dans ce cas, un scénario différent pourrait se présenter par rapport aux principales devises qui réalisent la majeure partie du volume des paiements transnationaux, car les clients pourraient bénéficier de paiements mondiaux plus rapides, moins chers et plus efficaces.

«Il existe un grand nombre de banques dans le monde
qui mènent des projets basés sur des chaînes de blocs.»
Les clients auraient donc avantage à adopter ces stablecoins bancaires…

Tout ce qui pourrait améliorer l'expérience des clients, réduire les coûts des services bancaires, augmenter l'efficacité et la rapidité devrait certainement intéresser chaque consommateur.

D'autres banques envisagent-elles également de lancer ce type de projet?

Oui, il existe un grand nombre de banques dans le monde qui mènent des projets basés sur des chaînes de blocs et certains de ces projets impliquent l'émission de leur propre cryptomonnaie.

Ces cryptos utilisés en «réseau fermé» ne présentent donc pas de risque pour le système financier?

Tout dépend du degré d’adoption de la cryptodevise. Dans le cas d’une banque dotée d’un réseau de filiales à travers le monde et qui émettrait sa propre cryptodevise pour rendre son système de paiement international plus efficient, nous pouvons tout à fait imaginer un risque systémique.

Une cryptodevise pourrait-elle un jour prendre le rôle d’une devise de banque centrales?

Pour cela, une cryptodevise devrait cumuler les trois fonctions nécessaires à ce rôle: être une monnaie d’échange, une unité de mesure et une réserve de valeur. A partir de là, tout est possible.