Le Japon est devenu le «lifestyle superpower» de l’Asie

Yves Hulmann

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La tenue des JO à Tokyo en 2020 soutiendra la demande intérieure, sans qu’il faille craindre une récession, selon Jesper Koll de WisdomTree.

 

Jesper Koll, responsable pour le Japon chez WisdomTree, est un spécialiste reconnu de la troisième économie mondiale. Selon l’expert, l’Empire du Soleil Levant profitera en 2019 de plusieurs facteurs positifs, notamment la tenue des Jeux Olympiques à Tokyo en 2020, qui soutiendront la demande intérieure ces prochaines années.

Vous vous montrez optimiste quant aux perspectives pour le Japon en 2019. Pourquoi?

Je suis surtout optimiste à propos de l’évolution de la demande intérieure au Japon, qui sera soutenue à la fois par les investissements des entreprises et la consommation des ménages. Celle-ci profitera notamment en 2019 d’une hausse des salaires plus importante que l’an précédant. Dans l’ensemble, il faut s’attendre à beaucoup de surprises positives de la part des entreprises axées sur le marché intérieur, davantage que du côté de celles orientées vers les exportations. C’est pourquoi je pense que les petites et moyennes capitalisations offrent actuellement les meilleures opportunités sur le marché des actions au Japon.

Qu’est-ce qui vous rend si confiant à propos des small & mid caps japonaises comparé aux plus grandes sociétés?

Leur dépendance plus faible envers les marchés des exportations. Grosso modo, pour les petites et moyennes capitalisations, on peut estimer que 85% de leurs profits proviennent du marché intérieur, contre 15% pour le reste du monde. Pour les grandes entreprises, le rapport est inverse: une part de 70% de leurs bénéfices provient des activités réalisées dans le reste du monde.

Le Japon organisera les Jeux Olympiques d’été 2020 de manière
totalement différente, et avec une perspective plus durable.
Dans vos prévisions pour 2019, vous mentionnez aussi l’impact positif attendu des Jeux Olympiques qui se tiendront en 2020 à Tokyo. Or, par le passé, on a souvent observé dans de nombreux pays que la phase de boom précédant la tenue de l’événement était ensuite suivie par une phase de dépression…

Le Japon organisera les Jeux Olympiques d’été 2020 de manière totalement différente, et avec une perspective plus durable, que ce qui s’est passé dans de nombreux autres pays précédemment. Les jeux de Tokyo ne seront pas comme ceux d’Athènes, qui avaient été précédés par une surchauffe de l’économie, puis suivis par une longue stagnation ensuite.

Que feront les Japonais de mieux que les Grecs?

Je vois deux différences principales. Premièrement, après l’été 2020, il y aura au Japon une multitude d’initiatives et d’événements qui prendront le relais des J.O. d’été. On peut citer en particulier la tenue de l’Exposition universelle, ou Expo 2025, qui aura lieu à Osaka. Il y aura donc un développement continu d’activités qui nécessitent d’importantes infrastructures pour accueillir de grandes quantités de visiteurs. Deuxièmement, et c’est un aspect encore plus essentiel, la tenue de ces événements intervient dans une phase durant laquelle le Japon connaît une hausse continue du tourisme à l’intérieur du pays, principalement en provenance d’autres pays d’Asie – comme la Chine, la Corée du Sud, Taïwan, l’Indonésie – où la classe moyenne continue d’augmenter.

Pourquoi vont-ils spécifiquement au Japon, un pays pourtant réputé cher?

Le Japon est devenu la destination la plus attrayante en Asie – que ce soit en termes de culture, d’art, sport et de lifestyle en général – le tout à un peu plus d’une heure de vol à partir de villes comme Shanghai ou Taipei. Tokyo est une ville peu polluée en comparaison de la Chine. En Occident, beaucoup de gens continuent de voir le Japon avant tout comme une nation industrialisée. En réalité, le Japon est devenu le « lifestyle superpower » de l’Asie.

Les banques japonaises disposent souvent
de ratios de financement très solides.
Dans un environnement géopolitique international toujours instable, le Japon ne risque-t-il pas – au niveau de sa monnaie – de faire les frais des tensions commerciales entre les Etats-Unis et la Chine, notamment? Ne faut-il pas craindre un retour de la guerre des monnaies, qui renchérirait le yen au dépend de l’industrie d’exportation et du tourisme?

Bien sûr, c’est un risque à prendre en compte – mais qui concerne avant tout les grandes sociétés tournées vers l’exportation, moins les petites et moyennes capitalisations japonaises. Si les Etats-Unis entrent en récession ou que l’économie américaine ralentit fortement, Jerome Powell va abaisser à nouveau les taux directeurs de la Fed, ce qui, tendanciellement, affaiblira le dollar et renchérira le yen en comparaison. Chaque hausse de 1 yen par dollar entraîne une baisse de 1% des bénéfices des entreprises exportatrices au Japon, estime-t-on.

Une autre de vos prévisions pour 2019 est qu’une grande banque japonaise achètera une grande banque américaine. Pourquoi?

Il y a déjà eu des rapprochements entre grands établissements japonais et américains. En particulier, Mitsubishi Bank est le premier actionnaire de l’établissement californien UnionBank. Les banques japonaises disposent souvent de ratios de financement très solides, ce qui leur permet d’avoir une certaine marge de manœuvre pour des opérations de fusions et acquisitions. Or, s’il y a un ralentissement de l’économie américaine, les instances de surveillance aux Etats-Unis obligeront certains établissements à renforcer leurs capitaux. Il y a de bonnes chances que les banques Mizuho ou Sumitomo cherchent à emboîter le pas à Mitsubishi Bank.

Le Japon a longtemps été un pays leader sur le plan technologique. Dans des domaines comme l’intelligence artificielle, la conduite autonome, etc. - il semble que la partie se joue toujours davantage avant tout entre les Etats-Unis et la Chine. Quelles sont encore les capacités d’innovation des entreprises japonaises?

Vous évoquez avant tout les thèmes d’innovation les plus sexy, dont tout le monde parle actuellement. En réalité, le Japon occupe une position de leader dans de nombreux domaines comme les techniques médicales – une société comme Olympus est ici leader dans plusieurs techniques de pointe. C’est le cas aussi de domaines comme la robotique, les batteries – où une société comme Panasonic est très à la pointe sur ce plan –, ou encore des pneus qui permettent de fortement réduire la consommation d’énergie des véhicules.