L’ESG sur les petites et moyennes capitalisations

Salima Barragan

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«Nous tirons profit d’une asymétrie d’information sur les petites et moyennes capitalisations», estime Jean-Philippe Desmartin.

Le concept de finance durable est apparu depuis 25 ans sur la classe d’actifs actions et, en particulier, dans les fonds actions investis en grandes capitalisations boursières. Malgré une généralisation de l’intégration des facteurs ESG, le segment des petites et moyennes capitalisations est encore à la marge de cette tendance. Jean-Philippe Desmartin, Directeur de l’investissement Responsable chez Edmond de Rothschild Asset Management sort des sentiers battus et s’y intéresse de près. Explications.

Si les petites et moyennes capitalisations ont démontré leur capacité à surperformer, pourquoi ne sont-elles pas très représentées dans le monde de l’investissement durable?

Cette aberration vient du fait que la majorité des investisseurs en Europe s’appuie uniquement sur des fournisseurs externes de recherche ESG comme MSCI, Oekom ou Sustainalytics qui, dans leur périmètre de recherche, ne couvrent que les grandes entreprises. Mais dans le segment des petites et moyennes capitalisations, nous trouvons, par exemple, des spécialistes tournés vers les solutions en matière de développement durable telles que l’économie circulaire, les énergies renouvelables ou la mobilité durable.

«Les petites et moyennes capitalisations
n’ont pas les mêmes moyens que les «blue chips» pour communiquer.»
La réceptivité des petites et moyennes sociétés aux facteurs ESG est-elle bonne?

Elles ont une bonne réceptivité mais les petites et moyennes capitalisations n’ont pas les mêmes moyens que les «blue chips» pour communiquer. En Suisse, des sociétés comme Givaudan ou Straumann ont intégré une politique ESG de très bonne qualité. On retrouve également une kyrielle d’entreprises innovantes comme Geberit ou Stadler, qui tiennent un rôle majeur pour la stabilité du tissu économique local. Rational, entreprise industrielle allemande spécialisée dans le matériel de restauration, est également au point dans l’intégration des critères ESG dans son modèle de business. A titre d’exemple, Paprec, spécialiste français de l’économie circulaire qui gère des déchets, a émis des obligations vertes pour 800 millions d’euros. Citons encore le cas d’Umicore, spécialiste belge du recyclage, en particulier les batteries, dont le modèle d’affaire est centré sur une approche durable.

Ces sociétés n’ont donc pas les ressources suffisantes pour communiquer sur leurs politiques ESG …

Effectivement, et pourtant, elles fournissent autant d’efforts que les grandes capitalisations dans le domaine stratégique des produits et services. Cela est dommage, mais crée une asymétrie d’information. Nous avons choisi d’allouer des ressources et du temps sur ce terrain et sortons des sentiers battus des grandes capitalisations pour investir aussi dans les «blue chips» de demain.

«Nous ne sommes plus dans la gestion passive ou quantitative
mais dans celle active et fondamentale.»
Ainsi, l’intégration des critères ESG des petites et moyennes sociétés s’avère plus complexe que celle des grandes, qui ont les moyens d’être plus transparentes?

Oui, car il faut faire preuve d’expertise, d’expérience et aller sur le terrain. Nous ne sommes plus dans la gestion passive ou quantitative mais dans celle active et fondamentale, et nous allons à la rencontre des entreprises. C’est la finance au service de l’économie réelle. Notre équipe a, par exemple, eu l’occasion d’analyser l’introduction en bourse de certaines société Suisses comme récemment Stadler, spécialisée dans le domaine ferroviaire (capitalisation de 4 milliards de francs suisses). Lorsque nous menons ce type de démarche, un point important de notre analyse est de bien comprendre les critères de performance, y compris ESG, retenus pour évaluer la performance des managers de ces entreprises.

Qu’en est-il du risque de «sustainability washing» que vous aviez signalé lors d’un précédent article?

J’ai observé que certains fonds ISR sont quasi identiques, voire identiques, à ceux non-ISR chez le même gestionnaire de fonds. On peut donc se poser des questions car l’impact tel que la réduction de l’empreinte carbone doit se voir dans le portefeuille. Après, il y a l’enjeu de savoir pourquoi l’on est positif ou négatif sur une thématique. Il faut accepter la complexité et être capable de l’expliquer. Il faut également être transparent sur ses analyses, car il n’y a pas de risque zéro, comme l’ont montré le «Diesel Gate» ou l’affaire Monsanto. Au final, il est plus facile en tant que véritable gestionnaire actif de maintenir une feuille de route de gestion durable.