L’ère des perturbateurs

Salima Barragan

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«Nous favorisons les actifs de portage par rapport à la directionnalité», déclare Vincent Juvyns de J.P.Morgan AM.

Selon J.P. Morgan Chase, les tweets de Trump perturbent les marchés. Pour mesurer cet impact, la banque d’investissement de J.P Morgan vient de créer l’indice Volfefe qui analyse la volatilité engendrée sur le marché de la dette. Néanmoins, pour Vincent Juvyns, stratégiste chez J.P. Morgan Asset Management, ces publications instantanées qui apportent du bruit sur les marchés n’ont pas d’incidence sur les investissements à long terme: «De manière structurelle, ce sont les fondamentaux qui influencent le potentiel du marché à long terme». Entretien.

A qui s’adresse le nouvel indice Volfefe*?

Cet indice peut avoir de l’utilité pour les investisseurs mais moins pour les stratégistes car les cycles vont au-delà, et nous sommes déjà dans le prochain cycle présidentiel. Il faut différencier l’horizon de temps politique de celui du marché; les éléments à court-terme de ceux à long-terme. Un grand nombre d’événements politiques majeurs n’ont pas eu d’impacts sur le long-terme. Nous oublions si vite les drames de certaines publications…

De manière structurelle, ce sont les fondamentaux
qui influencent le potentiel du marché à long terme.
Ces éléments n’influencent-ils donc pas vos politiques d’investissement?

Non, cela ne remet pas en cause nos politiques d’investissement mais cela peut induire des choix tactiques. Indépendamment de la guerre commerciale, nous renforçons notre position sur les marchés de la dette et des actions chinoises. Les difficultés à court terme n’écornent pas nos convictions sur la Chine.

Quels autres facteurs perturbent également le comportement des marchés à court terme?

Les marchés financiers sont devenus certainement plus volatiles à cause du trading à haute fréquence et de la dimension spéculative des investissements. Lors de certaines phases de marché, les investisseurs spéculatifs ont des impacts plus importants. De manière structurelle, ce sont les fondamentaux qui influencent le potentiel du marché à long terme.

Sur les marchés actions, assistons-nous à un rebond technique avant une prochaine phase baissière?

Cela dépendra de la capacité de la Banque centrale européenne à surprendre positivement. Nous sommes dans un contexte politique fébrile, géopolitique fragile et de croissance qui marque le pas. Nous continuons à rester prudents sur les marchés actions car les fondamentaux sont instables et les capacités de déception sont nombreuses. Les revenus stagnent ou baissent, la hausse des salaires grignote les marges des entreprises. Les profits commerciaux devront repartir à la hausse, mais la Banque centrale européenne n’a aucune influence dessus; elle peut tout au plus veiller à la compétitivité de l’Europe qui bénéficiera d’une reprise des exportations. Après ce rebond, nous n’avons plus aucune raison d’augmenter les poids sur l’Europe et les États-Unis.

Beaucoup entreprises européennes offrent de généreux dividendes…
A moins que les nouvelles mesures de la BCE ne changent la donne.
Dans ce contexte, quels actifs préférez-vous?

Nous préférons les actifs de portage comme les obligations, qui bénéficient d’une inflation et d’une croissance faibles et la dette émergente, au détriment des actifs de directionnalité. Nous aimons aussi les hedge funds pour leur dé-corrélation aux marchés.

Comment êtes-vous exposés sur les actions?

Nous sommes sous-pondérés en actions et privilégions la qualité avec les actions à haut dividende. Aux États-Unis, bien que les actions ne soient pas bon marché, le «return on equity» y est élevé. Nous aimons les grandes capitalisations, plus défensives. Nous investissons dans la technologie et les valeurs bancaires au détriment du secteur de la consommation. A côté de cela, nous avons une exposition sur les marchés émergents dont la Chine où nous favorisons les banques et les assurances. Nous achetons les belligérants qui paradoxalement souffrent le moins, car leurs chiffres d’affaires sont plus exposés sur leurs propres marchés domestiques qu’internationaux. Quant à l’Europe, il encore trop tôt pour y revenir, même si beaucoup entreprises européennes offrent de généreux dividendes…A moins que les nouvelles mesures de la BCE ne changent la donne…

 

* Contraction du mot volatilité et du mot inexistant «covfefe» utilisé par Trump dans un tweet en 2017.