Impulsion avant-gardiste à Genève

Salima Barragan

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Genève a toutes les cartes en main pour devenir une Silicon Valley de l'économie responsable et inclusive, estime Nicholas Niggli.

 

La nomination de Nicholas Niggli à la direction du Département genevois du développement économique, recherche et innovation, a apporté une impulsion avant-gardiste à Genève. Son objectif est clair: faire de Genève un pôle d’innovation de l’économie responsable en facilitant les interactions entre les différents acteurs de l’écosystème. Le point avec cet ambassadeur suisse sur l’amorce de la 4e révolution industrielle genevoise à l'occasion de la 9e édition du Geneva Forum for Sustainable Investment (GFSI).

La promotion de Genève comme futur hub de la finance durable est inscrite parmi les priorités de la stratégie économique cantonale 2030. Concrètement, quel est votre plan de bataille?

Genève, en tant que centre de gouvernance multilatérale le plus actif au monde et base opérationnelle des Objectifs de développement durable 2030, est déjà un carrefour incontournable de la finance verte et sociale. Le savoir-faire est là. Encore faut-il le faire-savoir, au-delà des cercles d'initiés. Pour le canton, il s'agit désormais de jardiner cet écosystème de pointe, pour en accompagner l'essor, tout comme le rayonnement. En témoigne l'installation récente du siège mondial du réseau des places financières durables (FC4S), venue compléter le maillage cantonal de fintechs et de spécialistes de la microfinance, auxquels s'ajoute une densité unique d'acteurs plus traditionnels, issus des milieux bancaires académiques et de l'innovation au sens large.

Quelles sont les synergies que vous souhaitez provoquer entre les différents acteurs de l’écosystème genevois? 

Un tiers des investissements durables dans le monde sont générés par la place financière suisse, une performance à laquelle Genève contribue activement. Pour s'en rendre compte, la DG DERI a lancé un programme de cartographie dynamique, pour se représenter l'étendue des richesses que renferme son territoire, en matière notamment la finance durable. Cet outil évolutif, qui en est à ses débuts, doit permettre à terme d'identifier l'ensemble des protagonistes des différents secteurs conventionnels et d'avenir. Il vise à faire dialoguer les acteurs d'un même écosystème, tout en facilitant les collaborations entre ceux de différents biotopes. 

Comme pour n'importe quel autre milieu, la compétitivité de la place financière genevoise repose sur l’innovation et l’ouverture à de nouveaux modèles, notamment ceux adossés aux nouvelles technologies. C’est précisément là un des projets menés par l’association Sustainable Finance Geneva, une entité soutenue par la DG DERI. En l'espèce, l'idée est de créer des lieux de rencontre entre les institutions désireuses d’investir et les entreprises génératrices d'impacts sociaux et environnementaux positifs. Le canton, en partie grâce à la vision politique de ses autorités, a donc toutes les cartes en main pour devenir une "Silicon Valley" de l'économie responsable et inclusive.

«Le potentiel helvétique en matière de finance durable
n'est pas encore pleinement exploité.»
La Suisse a été pionnière dans le domaine de la finance durable, mais elle ne s’est pas équipée d’instruments formels dans ce domaine comme par exemple une labellisation des produits financiers durables, alors que l’Europe est en cours dans sa future réglementation. La Suisse n’est-elle pas en train de perdre son avance en la matière?

Il paraît que les Suisses se lèvent tôt, mais se réveillent tard. Le potentiel helvétique en matière de finance durable n'est pas encore pleinement exploité. Cette marge de progression résulte du fait que les chemins menant vers une économie verte et inclusive passent nécessairement par une intégration profonde. C'est-à-dire, une meilleure compréhension des enjeux, qu'il s'agit de traduire pleinement au niveau des conditions-cadres. La Suisse prend en ce sens une part active aux travaux des organismes financiers internationaux. Elle s’emploie à appliquer une politique cohérente en la matière, tant sur le plan national qu’à l’échelle internationale. Pour preuve, le test pilote de compatibilité climatique des portefeuilles financiers, proposé par l’Office fédéral de l’environnement (l'OFEV) et le Secrétariat d’État aux questions financières internationales (SFI). 

Après le succès de la première émission d’obligation verte du canton de Genève où 620 millions de francs ont été levés par l’Etat en seulement une heure, verra-t-on de nouvelles émissions de ce type?

En principe, oui. Le canton dispose en effet d'un nombre encore important de projets éligibles, que ce soit dans le domaine de la construction, la mobilité, ou encore les infrastructures scolaires. Ce qui tombe bien, les prêteurs ayant été intéressés à avancer le double des montants initialement récoltés.

Le réseau FC4S lancé en Septembre est une véritable victoire pour Genève. Comment conciliez-vous les intérêts des secteurs privés et publics? Quels projets notables ont été initiés?

La finance durable touche au cœur des préoccupations du monde politique et de ses administrés. La dynamique d'alignement est ici exemplaire. Le secrétariat du réseau FC4S en est d'ailleurs l'illustration, puisque sa venue à Genève est le fruit d'un partenariat public-privé, où les intérêts de toutes les parties prenantes – locales, nationales et internationales – ont été pris en considération. Le maintien de cette convergence est donc essentiel pour aboutir à des résultats probants. Son déploiement opérationnel ne fait en revanche que commencer.

«Genève s'attache à empoigner les défis
relatifs à la transition numérique et à la durabilité.»
Quel est le bilan de cette première année de mandat en tant qu’ambassadeur de la finance durable?

Il faudrait davantage de recul pour juger pleinement de l'efficacité des actions de la DG DERI. Même si, à ce stade, les résultats de nos efforts s'avèrent éminemment positifs. Ces derniers portent sur la finance durable, mais également de nombreux autres terrains d'innovation, présents et à venir.

La DG DERI a rédigé un guide pour accompagner et qualifier les projets d’ICO (Initial Coin Offerings), en vue de leur installation dans le canton. Quels genres de projets souhaitez-vous attirer pour faire de Genève un pôle d’innovation en la matière?

Genève s'attache à empoigner les défis relatifs à la transition numérique et à la durabilité, en montrant la voie et en élaborant les conditions-cadres idoines. Le canton cherche essentiellement à attirer, en investissant notamment dans la blockchain, tout projet économiquement et socialement porteur, même si ces derniers n'ont pas forcément de lien avec les cryptomonnaies. Genève a conscience de certaines évolutions, souvent très rapides. Comme par exemple celles liées aux «distributed ledger», une technologie appelée à produire des effets vertigineux sur l'ensemble des secteurs connus. En d'autres termes, le canton s'emploie à favoriser l’émergence d’écosystèmes innovants, regroupant des acteurs du public, du privé, les milieux académiques et ceux des ONG.

Quels sont vos objectifs à court et moyen terme pour l’économie genevoise?

La mission centrale de la DG DERI est de conjuguer les expertises disponibles à Genève, en s'aidant d'un marketing territorial intelligent, pour mieux accélérer la circulation des idées et faire jaillir l'innovation. L'idée est bien entendu de renforcer les centres d'excellence existants localement (banque, négoce, horlogerie, finance durable, sciences de la vie, etc.). Mais aussi de soutenir les pôles en devenir, comme les neurosciences, l’Internet des objets, la cybersécurité, ou encore l’intelligence artificielle et la santé prédictive intégrant les enjeux du «big data».