2020 sera une année plus difficile pour les actions

Yves Hulmann

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Karsten Junius, chef économiste chez J. Safra Sarasin, est optimiste pour la croissance mondiale mais prudent quant à l’évolution des marchés.

En septembre, plusieurs instituts ont revu leurs prévisions de croissance à la hausse pour l’économie helvétique. Le Seco a rehaussé son anticipation de croissance du produit intérieur brut (PIB) helvétique à 2,9% pour 2018 (contre 2,4% en juin), en maintenant à 2% la progression du PIB attendue pour 2019. La BNS table, elle, sur une croissance du PIB située entre 2,5% et 3% pour l’année en cours, comparé une prévision d’environ 2% ce printemps. De son côté, J. Safra Sarasin anticipe une croissance soutenue du PIB à la fois aux Etats-Unis (3% en 2018, puis 2,7% en 2019) et en Suisse (3% en 2018, 1,7% en 2019). S’agissant des actions, l’établissement prévoit que l’indice américain S&P 500 atteigne 3’000 points à fin 2018, suivi d’un léger recul à 2’900 points à fin 2019, avec une tendance similaire pour l’indice européen Euro Stoxx 50 (3’600 points à fin 2018, puis 3’500 points à fin 2019). Entretien avec Karsten Junius, chef économiste chez J. Safra Sarasin. 

Ces dernières semaines, des banques, des instituts de recherche conjoncturelle, le Seco et la BNS ont revu à la hausse leurs prévisions de croissance pour l’économie helvétique en 2018. N’y a-t-il pas un excès d’optimisme actuellement concernant la croissance? 

En ce qui concerne spécifiquement la BNS, j’ai plutôt l’impression que la banque centrale fait preuve d’une trop grande prudence – en particulier dans sa communication. Dans chacune de ses présentations, l’institut insiste constamment sur le fait que le franc suisse reste trop fortement évalué, qu’il y a des risques dans l’immobilier – bref que les choses pourraient à nouveau se détériorer. Or, que constate-t-on ? La croissance du produit intérieur brut (PIB) helvétique devrait atteindre cette année 3% - ce qu’attend aussi J. Safra Sarasin. En dépit de la cherté du franc, on voit que des secteurs entiers de l’économie, comme la pharma, se portent très bien. Même la branche du tourisme, très pénalisée par la cherté du franc, a retrouvé des couleurs. En résumé, cela signifie que l’économie helvétique est devenue beaucoup plus concurrentielle qu’auparavant au cours des dernières années.

«Il faut compter avec une hausse graduelle de l’inflation
même si celle-ci n’est pas spectaculaire.»
Après le taux de croissance du PIB de 3% anticipé pour cette année, vous prévoyez toutefois «seulement» 1,7% pour 2019. Cela ne signifie-t-il pas que 2018 pourrait rester une année d’exception?

Absolument. Toutefois, même si l’économie suisse ne devait croître que de 1,7% en 2019, cela serait quand même une croissance solide.

L’accélération de la croissance de l’économie autour de 3% estimée pour 2018 aux Etats-Unis et en Suisse risque d’être accompagnée par une hausse de l’inflation. Cela représente-t-il aussi un risque pour l’économie, en particulier aux Etats-Unis? 

Nous anticipons une pression accrue sur les prix – avec une inflation qui devrait atteindre 2,5% aux Etats-Unis. Cette tendance s’observe aussi pour l’inflation de base. Auparavant, celle-ci était restée très basse grâce à la forte baisse des prix du pétrole, en 2015 notamment, et un chômage relativement élevé outre-Atlantique. Maintenant, ce n’est plus le cas. C’est pourquoi il faut compter avec une hausse graduelle de l’inflation même si celle-ci n’est pas spectaculaire.

Faut-il attendre une politique plus restrictive de la Fed?

La Fed va devoir continuer d’augmenter les taux directeurs – égal s’il y a une guerre commerciale ou non. Selon nos prévisions, la Fed devrait porter la valeur cible de son taux directeur jusqu’à 3,25% à fin 2019.

Ce serait le pic du cycle actuel de hausse des taux? 

Oui. Au-delà de ce niveau, la hausse des taux entraînerait un renforcement du dollar, ce qui aurait à son tour un effet de frein sur la croissance.

«Le stimulus fiscal mis en place par Donald Trump
perdra de son effet en 2020.»
Si vous êtes optimiste concernant les prévisions de croissance, vos attentes sont plutôt prudentes au sujet des marchés des actions. Pour les actions américaines, J. Safra Sarasin anticipe que le S&P 500 atteigne 3’000 points à fin 2018, avant de redescendre à 2’900 points à fin 2019. Selon ce scénario, le sommet du cycle boursier actuel serait donc pratiquement atteint?

Si nous anticipons des cours un peu plus bas à fin 2019 pour les actions aux Etats-Unis, c’est aussi parce que les investisseurs s’attendront l’an prochain à ce que 2020 soit une année difficile. Le stimulus fiscal mis en place par Donald Trump perdra de son effet en 2020, les taux seront plus élevés. Pour toutes ces raisons, une correction importante sur les marchés deviendra possible à partir de fin 2019. Enfin, il ne serait pas possible non plus que la croissance atteigne ou dépasse 3% durant plusieurs années de suite. Une telle croissance ne peut pas se poursuivre à l’infini.

Lundi, Christine Lagarde, la directrice du FMI a laissé entendre que la croissance de l’économie mondiale n’atteindrait pas le taux de 3,9% attendu jusqu’ici pour les années 2018 et 2019. Est-ce un premier signe de ralentissement? 

C’est correct – l’économie mondiale s’affaiblit actuellement quelque peu, en partant toutefois d’une dynamique très élevée. On peut l’observer avant tout dans le secteur de l’industrie. Ce n’est pas encore préoccupant – plutôt le signe d’une certaine normalisation.