Le gouvernement italien n’exclut pas une nationalisation de Carige

AWP

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Un des trois administrateurs nommés le 2 janvier par la BCE martèle pourtant que la recapitalisation préventive n’est pas nécessaire.

Le gouvernement populiste italien, qui n’a eu de cesse de dénoncer toute intervention en faveur du système bancaire, n’exclut désormais pas une nationalisation de Carige, même si les administrateurs de cette banque en difficulté ne l’estiment pas nécessaire.

Interrogé pour savoir si cette nationalisation était «une hypothèse concrète», l’influent secrétaire à la présidence du conseil, Gian Carlo Giorgetti, bras droit de Matteo Salvini au sein de la Ligue (extrême droite), a répondu «oui».

Mais «la recapitalisation préventive passe par d’autres institutions, Banque centrale européenne (BCE) et Commission européenne. Donc ça ne dépend pas seulement de nous», a-t-il souligné.

Même tonalité du côté de M. Salvini: «l’objectif est de la mettre sous le contrôle de l’Etat», a-t-il dit.

Mais peu après, l’ex-président de la banque, Pietro Modiano, un des trois «administrateurs» nommés le 2 janvier par la BCE, a martelé que cette recapitalisation préventive n’était «pas sur la table» et «pas nécessaire». C’est une hypothèse «théorique, extrême», a-t-il ajouté.

Le débat politique en cours parle «de 3, de 5 milliards d’euros pour sauver Carige. Mais pour sauver Carige, il suffit de 320 millions d’euros», a-t-il insisté.

Le gouvernement a mis en place un plan de soutien à Carige, plombée depuis plusieurs années par les créances douteuses et une gouvernance instable.

Selon un décret-loi publié mercredi au Journal officiel, ce plan prévoit une garantie publique sur les nouvelles obligations émises jusqu’à un montant de 3 milliards d’euros et une aide à une éventuelle recapitalisation préventive, d’un montant maximal de 1 milliard d’euros.

Ce plan constitue un revirement: le Mouvement 5 étoiles (M5S, antisystème) et la Ligue, les deux partis au pouvoir, ont critiqué avec virulence les mesures prises par les précédents gouvernements de centre gauche pour soutenir le système bancaire.

La BMPS (Monte dei Paschi di Siena) avait ainsi bénéficié d’une recapitalisation préventive en 2017 et son premier actionnaire est désormais le ministère des Finances.

«Cinq années d’insultes»

Ce changement de pied n’est pas sans susciter des railleries. Le gouvernement «a bien fait» de «sauver» Carige «parce que, quand les familles et les épargnants sont en danger, il faut sauver ces établissements», a souligné mardi l’ex-chef du gouvernement, Matteo Renzi.

Mais les responsables de ces partis «doivent avoir honte» pour «tout ce qu’ils ont dit pendant des années contre nous», a-t-il ajouté, en fustigeant «cinq années d’insultes».

«Non n’avons pas donné un euro aux banques, nous avons écrit dans une loi qu’en cas de besoin, l’Etat pourra garantir de nouveaux titres d’Etat et recapitaliser. Nous espérons que cela ne servira pas», a tenté de se défendre Luigi Di Maio, chef de file du M5S et vice-Premier ministre.

«Si cette garantie devait être utilisée ou si de l’argent public devait être mis, la banque Carige doit devenir propriété de l’Etat, c’est-à-dire être nationalisée», a-t-il écrit sur Facebook, en assurant qu’il n’y aurait pas de «cadeau» aux banquiers mais pas non plus d’épargnant floué.

Contrairement au sauvetage de la banque Etruria, où des petits épargnants avaient perdu leurs économies, «nous sauvons tous les détenteurs d’obligations et de comptes», a-t-il assuré.

La décision de la BCE de nommer «trois administrateurs temporaires» à la tête de Carige est inédite pour une banque directement sous sa surveillance.

Elle vise à «assurer (sa) continuité» après le refus en décembre du principal actionnaire, la famille Malacalza, de financer une nouvelle augmentation de capital, a expliqué la BCE.

Carige doit présenter un nouveau plan stratégique d’ici à fin février, qui vise à accroître son «attractivité en vue d’une fusion» avec un autre établissement, ont expliqué ses administrateurs.

L’action Carige est suspendue depuis le 28 décembre à la Bourse de Milan. Son cours vaut seulement 0,0015 centime, après avoir perdu plus de 80% de sa valeur sur les trois derniers mois.

La banque a déjà procédé à trois augmentations de capital depuis 2014 et changé plusieurs fois de directeurs généraux ces dernières années.